Emission Sagesses Bouddhiste du 03 10 09

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Emission Sagesse Boudhiste – France 2

Invité : Roland Yuno RECH
Thème :  les Vœux du bodhisattva (1)
Retranscription Claude Hervé.

Aurélie GODEFROY : Bonjour à tous, nous sommes très heureux de vous retrouver ce dimanche matin pour une nouvelle émission de Sagesses Bouddhiste, une émission que nous consacrons aujourd’hui ainsi que la semaine prochaine aux deux premiers vœux du bodhisattva dans le Zen. En effet, ces êtres qui se vouent à l’obtention de l’Eveil dans le seul but de soulager les autres êtres de la souffrance s’engagent à respecter un certain nombre des recommandations proposées par l’éthique bouddhiste. Nous allons nous arrêter dès à présent sur le premier de ces vœux : « si nombreux que soient les êtres je fais le vœu de les libérer tous. » Alors qu’est-ce que cela signifie, quel rôle peut jouer la compassion et quelles qualités développer plus précisément ? Nous allons poser toutes ces questions à notre invité Roland Rech.
Roland Rech bonjour.

Roland RECH : Bonjour.

A. G. : Vous êtes un disciple de Maître Deshimaru, vous êtes vous-même moine zen et vous enseignez depuis une trentaine d’années au dojo de Nice, mais aussi au temple zen de la Gendronnière et je précise aussi que vous dirigez également des sesshin tout au long de l’année un peu partout en Europe. Merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui.
Alors, Roland Rech, tout d’abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer tout d’abord l’importance des vœux du bodhisattva dans le zen ? Quelle place est-ce que ça a ?

R. R. : Les vœux sont l’expression de la sagesse et de l’éveil réalisés dans la pratique de zazen dans la vie quotidienne, c’est la manifestation de notre réalisation. Donc faire ces vœux c’est à la fois expression et c’est en même temps le test de là où nous en sommes de notre propre réalisation, est-ce que nous sommes véritablement en harmonie avec ce que nous réalisons dans notre méditation, est-ce que nous avons réalisé un certain niveau d’éveil ? La vérification de là où nous en sommes c’est la façon dont notre éveil se manifeste en relation avec les autres et dans les phénomènes de la vie quotidienne à travers notamment l’expression des quatre vœux du bodhisattva.

A. G. : Alors justement quels sont-ils ces quatre vœux ?

R. R. : Alors les quatre vœux du Bodhisattva sont d’abord :
« Aussi nombreux que soient tous les êtres sensibles, je fais le vœu de les libérer tous ou de les sauver tous.
Ensuite aussi nombreuses que soient les passions, ou les attachements, ou les causes de souffrance, c’est un peu la même chose, je fais le vœu de les résoudre toutes.
Ensuite aussi nombreux que soient les enseignements du Bouddha, je fais le vœu de les acquérir.
Et enfin, aussi parfaite que soit la Voie de Bouddha, la Voie de l’Eveil donc, je fais le vœu de la réaliser. »

A. G. : Très bien, alors nous allons nous attarder aujourd’hui sur le premier de ces vœux. Alors : « si nombreux que soient les êtres je fais le vœu de les libérer tous. » Alors tout d’abord qui sont ces êtres, Roland Rech ?

R. R. : Tous les êtres ça a deux sens. D’abord ça veut dire pas seulement les êtres humains, mais tous les êtres sensibles, c’est-à-dire tous les êtres qui ont une naissance et une mort, une sensibilité et donc qui transmigrent dans ce qu’on appelle le samsara, c’est-à-dire les Six mondes de transmigration, donc ce sont aussi bien les êtres humains mais aussi les animaux, et puis dans le bouddhisme on croit qu’il y a d’autres êtres sensibles, c’est-à-dire des êtres qui vivent dans les enfers, les esprits affamés, les déités qui sont soit courroucées, soit des déités qui vivent dans des états extatiques, mais tous ces états de transmigration sont le résultat d’un karma, sont donc impermanents et sont l’occasion de souffrance. Donc tout le sens de la démarche de Bouddha c’est d’aider tous les êtres à se libérer de ce cycle de la transmigration à cause du karma.

A. G. : Sans aucune discrimination ?

R. R. : Alors le deuxième sens de tous les êtres c’est qu’il n’est pas limité aux êtres humains mais surtout ce n’est pas limités aux êtres pour qui nous éprouvons une sympathie naturelle. Il est relativement facile d’avoir de la compassion et de la bienveillance pour nos parents, pour nos enfants, pour les êtres que nous aimons en général, auxquels nous sommes attachés, c’est plus difficile de le faire pour les êtres qui nous sont indifférents, des inconnus, et encore bien plus difficile pour des gens qui nous ont causé du tort, qui nous ont causé des souffrances et vis-à-vis desquelles on risque d’avoir des réactions au contraire agressives et pas très compatissantes. Tous les êtres ça veut dire ne plus être soumis à l’esprit de discrimination, avoir l’esprit large, l’esprit vaste de Bouddha, qui a cette capacité d’englober tous les êtres et toutes choses dans le même vœu de bienveillance et de compassion.

A. G. : Alors je fais le vœu de les sauver tous. Est-ce qu’il y a une notion de salut dans le bouddhisme, qu’est-ce que ça veut dire, c’est le nirvana, la libération, la fin de la souffrance ?

R. R. : Oui, ces trois expressions que vous venez d’employer veulent toutes dire la même chose. En fait ça veut dire tout simplement réaliser l’éveil, nirvana veut dire extinction des causes de la souffrance, c’est à dire principalement de l’avidité, de la haine et de l’ignorance. Ce n’est donc pas un lieu dans lequel on va pénétrer après la mort si on a eu une pratique juste, c’est plutôt un état d’être ici et maintenant, une manière d’être dans ce samsara qui fait qu’on peut être au milieu des illusions, au milieu des causes de la souffrance sans en être trop affecté pour nous-mêmes, et en même temps rester disponible pour les autres. Alors extinction des causes de souffrance, nirvana, c’est ce qu’on appelle le salut effectivement.

A. G. : Alors en quoi la compassion est-elle importante dans la pratique en général, et plus particulièrement dans l’application de ce premier vœu du bodhisattva ?

R. R. : Et bien parce qu’à travers la compassion se manifeste notre éveil à la vie réelle, c’est-à-dire la vie sans dualité, la vie sans séparation. C’est je crois le cœur même de l’éveil dans le bouddhisme, que de comprendre que la véritable nature de notre existence est d’être en unité avec tous les êtres, d’être interdépendant avec toutes les existences, de ne pas avoir d’existence séparée, par conséquent la souffrance des autres devient ma souffrance, le bonheur des autres devient aussi mon bonheur, donc je me préoccupe de leur bonheur, je suis soucieux de les soulager de leur souffrance et le fait d’être ainsi manifeste l’ouverture du cœur, manifeste un certaine libération intérieure qui nous rend disponible à l’accueil des autres dans l’état où ils sont et quels qu’ils soient.

A. G. : Est-ce qu’il existe des obstacles à cette compassion ?

R. R. : Bien les obstacles à la compassion sont bien évidemment tout ce qui renforce notre égoïsme, notre peur de perdre, d’être endommagé si on se consacre aux autres au lieu de se consacrer à l’obtention de ses objets de désir. En fait le principal obstacle à la compassion c’est soit le non éveil, c’est-à-dire rester très égotique, très attaché à son propre ego, soit une forme d’éveil limité, c’est-à-dire un éveil dans lequel on cherche à se libérer soi-même sans avoir conscience que les autres sont aussi dans la souffrance, et qu’il n’est pas possible finalement d’être libéré tout seul si on est véritablement éveillé, c’est-à-dire si on a ce sens de la non séparation d’avec les autres.

A. G. : Alors justement quelles qualités développer pour aller vers cette compassion, cette bienveillance ?

R. R. : Je crois que la principale qualité c’est de développer une très grande sensibilité à ce qui est, ici et maintenant, aussi bien en nous et autour de nous, c’est-à-dire être capable déjà soi-même de percevoir quelles sont les causes de notre souffrance, dans quel état nous sommes, qu’est-ce qui nous fait souffrir et ainsi développer la capacité de se mettre à la place de l’autre, se mettre à la place des autres.

A. G. : L’empathie.

R. R. : L’empathie, voilà.

A. G. : C’est vrai que la peur peut nous faire changer d’esprit et du coup on n’a plus l’esprit pur du bodhisattva qu’on peut avoir au début, est-ce qu’on peut le retrouver un jour ?

R. R. : Ce qu’il se passe c’est que notre façon de voir le monde, de percevoir ce qu’il se passe autour de nous n’est pas pure, elle est constamment colorée par les souvenirs de nos expériences passées, et ce qui fait, par exemple, que lorsqu’on rencontre quelqu’un ou lorsque l’on vit une situation, on ne se contente pas de rencontrer la personne telle qu’elle est et donc d’être disponible à l’accueillir vraiment telle qu’elle est. Tout de suite une impression surgit en nous, cette personne me rappelle quelqu’un, éventuellement quelqu’un, une personne avec laquelle on a eu des difficultés ou un conflit dans le passé, et immédiatement une émotion, un obstacle apparaît, à être véritablement en empathie avec cette personne parce que je suis parasité par une impression qui n’a rien à voir avec ici et maintenant, ni avec la personne qui est en face de moi. Donc le principal remède à ça c’est d’être capable constamment de percevoir ce qui nous anime et en même de lâcher prise d’avec tout ce qui nous encombre l’esprit, brouille notre conscience et nous empêche donc d’être dans cette ouverture du cœur, cet accueil de l’autre.

A. G. : Est-ce que finalement ce n’est pas un peu utopique de vouloir sauver tous les êtres, on dit je veux sauver tous les êtres ?

R. R. : Bien sûr, c’est utopique si on pense que c’est que c’est moi qui vais les sauver.

A. G. : Parce que ça renvoie à notre propre ego.

R. R. : Voilà, avec mon propre ego disait le sixième patriarche Eno, je ne peux sauver personne, ce n’est pas moi qui sauve les êtres, c’est la nature de Bouddha qui est en chacun de nous qui sauve réellement les êtres. Alors la compassion qui ne peut pas être séparée de la sagesse consiste d’une part à sentir dans quel état se trouve la personne pour trouver le moyen habile qui va lui permettre d’entrer en contact avec un désir d’éveil, un désir de rechercher la Voie, et ensuite c’est de donner confiance, d’avoir soi-même confiance dans le fait qu’au fond, chacun d’entre nous a déjà la nature d’éveil, et donc peut retrouver cela à condition de pratiquer une forme de méditation telle que le zazen par exemple, qui permet de se dépouiller de tout ce qui nous encombre et nous empêche d’être transparent à sa véritable nature de Bouddha qui au fond est la base même de toutes les existences.

A. G. : La notion de confiance ne doit pas être rapportée à l’ego, c’est ce que vous disiez, être à l’écoute de la nature de Bouddha.

R. R. : Voilà, donc l’ego doit être transparent, l’ego existe toujours c’est un certain sens de notre identité personnelle, mais doit devenir, par la pratique de la méditation transparent à une réalité qui le dépasse infiniment et qui est cette nature de Bouddha qui est la réalité que nous partageons avec tous les êtres.

A. G. : Alors Roland Rech, est-ce que vous avez des exemples concrets à nous donner de la vie quotidienne qui nous montrent en fait l’application de ce premier vœu du bodhisattva ?

R. R. : Par exemple quelqu’un qui voudrait devenir plus fort ou plus performant dans les arts martiaux. Alors à ce moment là la compassion ça va être dans un premier temps non pas lui dire faut pas chercher à être ,plus fort mais lui dire si vous voulez être véritablement fort alors il faut abandonner la peur, pour abandonner la peur il ne faut plus être attaché à son propre ego, donc il ne faut plus être attaché ni à la victoire ni à la peur de la défaite, donc partir de là où en est la personne et puis l’amener petit à petit à dépasser son désir du moment ou sa peur du moment pour s’éveiller véritablement à un autre niveau, c’est-à-dire vraiment se mettre suffisamment à la place de l’autre pour que ce qu’on lui communique soit recevable, mais ensuite ne pas le laisser juste à ce niveau là.

A. G. : L’accompagner.

R. R. : L’accompagner pour évoluer.

A. G. : Alors finalement est-ce que ce premier vœu ça ne pourrait pas être un vœu de renoncement qui nous oblige à rester dans le samsara ?

R. R. : Ca serait un vœu de renoncement qui nous obligerait à rester dans le samsara si on considère que samsara et nirvana sont deux lieux de mondes séparés, ce que certains bouddhistes pensent, c’est comme être ici bas étant opposé à être dans le royaume des cieux, mais la véritable compréhension du nirvana du point de vue du Grand Véhicule c’est une certaine manière d’être dans le samsara, et notamment d’y être avec sagesse et compassion, d’y être en harmonie avec la vacuité universelle qui fait que tout ce qui provoque la souffrance, tout ce qui provoque le samsara, l’entrainement dans le cycle de la souffrance est perçu d’un seul coup comme sans substance, et donc devient inoffensif, et donc ne nous fait plus souffrir. Donc au contraire même le fait d’être dans ce monde de souffrance devient l’occasion d’exprimer ce que nous avons réalisé dans la pratique de la méditation, d’exprimer la sagesse, d’exprimer la compassion, de partager l’éveil avec les autres et ça c’est la plus grande joie. C’est ce qui donne un sens à notre vie. Finalement le sens des vœux du bodhisattva c’est vraiment ce que devient le sens de notre vie à partit de l’éveil dans une pratique de méditation qui dans le zen s’appelle zazen, dans d’autres formes de bouddhisme aura un autre nom.

A. G. : Très bien, merci beaucoup Roland Rech.

R. R. : Je vous en prie.

2017-04-18T09:18:15+00:00

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