Mardi
29 avril 2003 le matin : S’harmoniser les uns les autres
Hier
soir, j’ai commencé le commentaire du Jûkundo
shiki qui sont les règles que Maître Dõgen
avait établies pour le nouveau dojo de Kõshõ
ji qu’il venait de faire construire à Uji.
La deuxième règle (en réalité ce ne
sont pas vraiment des règles mais plutôt des recommandations),
c’est que les membres du dojo s’harmonisent
comme le lait et l’eau et se concentrent à promouvoir
réciproquement, à stimuler chez les uns et les autres,
la pratique de cet esprit d’éveil, de cette quête
de la vérité. Maître Deshimaru également
avait repris cette recommandation de s’harmoniser les uns
avec les autres comme le lait et l’eau. Quand de l’eau
est mélangée avec du lait, on ne peut plus séparer
le lait de l’eau. Il y a un mélange totalement intime.
Dans le dojo, cette harmonie provient du fait que chacun
se concentre sur la même pratique et avec la même aspiration,
le même esprit d’éveil. Ainsi, quelles que soient
les caractéristiques personnelles de chacun, même si
elles ne sont pas abolies, elles ne constituent pas un obstacle
à l’harmonie car on ne vient pas au dojo pour
affirmer sa personnalité mais pour la dépasser. Parfois
il peut y avoir des conflits mais les conflits ne devraient jamais
durer et être considérés comme des occasions
de pratiquer la voie, c’est-à-dire d’observer
rapidement avec quelle illusion on est aux prises de part et d’autre
et trouver rapidement le moyen de dépasser les termes du
conflit. Autrement dit, l’harmonie n’est pas quelque
chose de préétablie mais le fruit d’une concentration
profonde sur la pratique elle-même.
Dõgen
ajoute : "Maintenant, nous sommes pour le moment présent
comme des hôtes et des visiteurs, c’est-à-dire
qu’il y a des enseignants, les hôtes et des visiteurs,
les disciples. Mais dans le futur vous serez tous des patriarches
du Bouddha et tous appelés à transmettre la voie de
Bouddha. Aussi maintenant que chacun de nous a rencontré
ce qui est très difficile à rencontrer et pratique
ce qui est difficile à pratiquer, nous ne devrions pas perdre
notre sincérité". Cela veut dire que l’esprit
d’éveil qui est normalement ce qui anime celui ou celle
qui demande à pratiquer dans un dojo ne devrait
pas être recouvert par de mauvaises habitudes, une routine
ou alors de nouveaux attachements à des fonctions, des positions.
Cette sincérité, c’est ce que certains ont appelé
"l’esprit du débutant",
l’esprit complètement ouvert, sans préjugé,
sans habitude, sans croire avoir tout compris car l’esprit
qui croit avoir réalisé ne fait en réalité
que limiter la voie. L’esprit du débutant est infini
parce qu’il est complètement ouvert, n’a encore
rien saisi.
Dõgen qualifie cette sincérité de
"corps et esprit des bouddhas et des patriarches".
Elle devient inévitablement ce qui crée un successeur
de Bouddha ou des patriarches et là Dõgen
s’adresse directement à ses moines qui dans son monastère,
avaient tout quitté pour pratiquer la voie. Il leur dit:
"Nous avons quitté nos familles, notre lieu de naissance,
nous sommes devenus comme des nuages et de l’eau, c’est-à-dire
de vrais moines qui ont un esprit qui ne demeure sur rien. La bienveillance
des membres de cette Sangha pour encourager, développer la
santé et la pratique des uns et des autres surpasse même
la bienveillance d’un père et d’une mère
car un père et une mère sont seulement nos parents
pour une brève période de temps dans cette vie-ci,
durant cette vie et mort tandis que les membres de la Sangha seront
des amis éternels, des amis dans la vérité
de Bouddha pour toujours".
Même
si, ici en ce vingt et unième siècle à Nice,
on n’est pas appelé à quitter sa famille, sa
ville natale (parfois on quitte la ville natale mais en tous les
cas pas forcément la famille) pour rejoindre la Sangha,
il est important de se rappeler cette recommandation de Dõgen,
de cultiver cette bienveillance à l’égard des
uns et des autres tant pour promouvoir la santé que la pratique
de chacun. En ce qui concerne la santé, c’est surtout
le rôle du tenzo qui avait en charge de fournir une
nourriture équilibrée et saine pour la pratique. Mais
pour ce qui est de la pratique, c’est le rôle de chacun
par son propre exemple de stimuler la pratique des autres, l’encourager.
Même si on ne rompt pas les liens avec la famille, on peut
sentir que dans la Sangha, il y a une communion autour
de la pratique du Dharma qui crée en réalité
un lien éternel car ce que nous pratiquons est complètement
au-delà des sentiments d’amour ou de haine qui peuvent
se succéder dans les relations humaines.
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