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GyoButsu Ji (du 28 avril au 13 mai 2003 - suite)

 
 

Mardi 29 avril 2003 le matin : S’harmoniser les uns les autres

Hier soir, j’ai commencé le commentaire du Jûkundo shiki qui sont les règles que Maître Dõgen avait établies pour le nouveau dojo de Kõshõ ji qu’il venait de faire construire à Uji.
La deuxième règle (en réalité ce ne sont pas vraiment des règles mais plutôt des recommandations), c’est que les membres du dojo s’harmonisent comme le lait et l’eau et se concentrent à promouvoir réciproquement, à stimuler chez les uns et les autres, la pratique de cet esprit d’éveil, de cette quête de la vérité. Maître Deshimaru également avait repris cette recommandation de s’harmoniser les uns avec les autres comme le lait et l’eau. Quand de l’eau est mélangée avec du lait, on ne peut plus séparer le lait de l’eau. Il y a un mélange totalement intime. Dans le dojo, cette harmonie provient du fait que chacun se concentre sur la même pratique et avec la même aspiration, le même esprit d’éveil. Ainsi, quelles que soient les caractéristiques personnelles de chacun, même si elles ne sont pas abolies, elles ne constituent pas un obstacle à l’harmonie car on ne vient pas au dojo pour affirmer sa personnalité mais pour la dépasser. Parfois il peut y avoir des conflits mais les conflits ne devraient jamais durer et être considérés comme des occasions de pratiquer la voie, c’est-à-dire d’observer rapidement avec quelle illusion on est aux prises de part et d’autre et trouver rapidement le moyen de dépasser les termes du conflit. Autrement dit, l’harmonie n’est pas quelque chose de préétablie mais le fruit d’une concentration profonde sur la pratique elle-même.

Dõgen ajoute : "Maintenant, nous sommes pour le moment présent comme des hôtes et des visiteurs, c’est-à-dire qu’il y a des enseignants, les hôtes et des visiteurs, les disciples. Mais dans le futur vous serez tous des patriarches du Bouddha et tous appelés à transmettre la voie de Bouddha. Aussi maintenant que chacun de nous a rencontré ce qui est très difficile à rencontrer et pratique ce qui est difficile à pratiquer, nous ne devrions pas perdre notre sincérité". Cela veut dire que l’esprit d’éveil qui est normalement ce qui anime celui ou celle qui demande à pratiquer dans un dojo ne devrait pas être recouvert par de mauvaises habitudes, une routine ou alors de nouveaux attachements à des fonctions, des positions. Cette sincérité, c’est ce que certains ont appelé "l’esprit du débutant", l’esprit complètement ouvert, sans préjugé, sans habitude, sans croire avoir tout compris car l’esprit qui croit avoir réalisé ne fait en réalité que limiter la voie. L’esprit du débutant est infini parce qu’il est complètement ouvert, n’a encore rien saisi.
Dõgen qualifie cette sincérité de "corps et esprit des bouddhas et des patriarches". Elle devient inévitablement ce qui crée un successeur de Bouddha ou des patriarches et là Dõgen s’adresse directement à ses moines qui dans son monastère, avaient tout quitté pour pratiquer la voie. Il leur dit: "Nous avons quitté nos familles, notre lieu de naissance, nous sommes devenus comme des nuages et de l’eau, c’est-à-dire de vrais moines qui ont un esprit qui ne demeure sur rien. La bienveillance des membres de cette Sangha pour encourager, développer la santé et la pratique des uns et des autres surpasse même la bienveillance d’un père et d’une mère car un père et une mère sont seulement nos parents pour une brève période de temps dans cette vie-ci, durant cette vie et mort tandis que les membres de la Sangha seront des amis éternels, des amis dans la vérité de Bouddha pour toujours".

Même si, ici en ce vingt et unième siècle à Nice, on n’est pas appelé à quitter sa famille, sa ville natale (parfois on quitte la ville natale mais en tous les cas pas forcément la famille) pour rejoindre la Sangha, il est important de se rappeler cette recommandation de Dõgen, de cultiver cette bienveillance à l’égard des uns et des autres tant pour promouvoir la santé que la pratique de chacun. En ce qui concerne la santé, c’est surtout le rôle du tenzo qui avait en charge de fournir une nourriture équilibrée et saine pour la pratique. Mais pour ce qui est de la pratique, c’est le rôle de chacun par son propre exemple de stimuler la pratique des autres, l’encourager. Même si on ne rompt pas les liens avec la famille, on peut sentir que dans la Sangha, il y a une communion autour de la pratique du Dharma qui crée en réalité un lien éternel car ce que nous pratiquons est complètement au-delà des sentiments d’amour ou de haine qui peuvent se succéder dans les relations humaines.