A propos de la fonction de tenzo, il est dit dans le
recueil, Zen Nen Shingi : "Vous devez mettre
en pratique cet esprit d’éveil en offrant une nourriture
appropriée et variée à la communauté
de sorte que la Sangha soit satisfaite et bien portante".
Cette fonction de tenzo est donc importante. Elle a été
remplie autrefois par de grands moines et même par des maîtres
de la transmission. Dõgen dit "Cette
fonction de tenzo est vraiment très différente qu’être
cuisinier dans le monde social ou d’être cuisinier
à la cour de l’empereur". Il raconte qu’en
Chine, lorsqu’il avait du temps de libre, il se renseignait
auprès des anciens tenzo qui avaient une grande
expérience et ils lui racontèrent des exemples de
ce qu’ils avaient vu au sujet de cette fonction. Leur enseignement
peut guider notre pratique. C’est véritablement la
moelle, l’essence du zen transmis de bouddhas
en patriarches par ceux qui avaient véritablement l’esprit
de la voie, l’esprit d’éveil. Dõgen
recommande d’étudier le Zen Nen Shingi et
ensuite d’écouter les discussions au sujet des détails
du travail des anciens tenzos et la façon dont
ils remplissaient leurs fonctions.
Toujours dans notre pratique, il y a l’enseignement lui-même,
avec des textes de base comme le Fukanzazengi, le Zazen
Yojinki mais finalement, c’est la manière dont
la voie a été pratiquée réellement
qui peut guider les pratiquants actuels et pour cela le mieux
est d’étudier l’exemple des anciens.
Mercredi
21 mai 2003 – matin : Respecter le moindre grain de
riz
Dans le Tenzo Kyõkun, Dõgen enseigne
comment remplir concrètement la tâche de tenzo.
Il dit d’abord : "Après le déjeuner,
le midi, consultez le responsable du temple et son assistant afin
d’obtenir les provisions pour les repas du lendemain (ceci
inclut le riz, les légumes et les autres ingrédients)
et après les avoir reçus, protégez les comme
si c’étaient vos propres yeux". Il cite
un ancien maître qui disait : "Gardez les biens
du temple comme s’ils étaient les prunelles de vos
propres yeu". Ceci s’applique aussi bien à
la nourriture crue, matière première qu’aux
aliments cuisinés. C’est devenu un des principes
essentiels de la vie dans un monastère.
On peut tout à fait pratiquer ce principe dans notre
vie quotidienne même si nous ne recevons pas notre nourriture
par des offrandes d’aumônes. Ce que nous achetons,
est l’aboutissement du travail de nombreuses personnes.
C’est un cadeau de l’ordre cosmique qui permet d’entretenir
la vie et qui ne doit jamais être gaspillé, pas même
un grain de riz. Ainsi dans la cuisine d’un temple, il y
a toujours un tamis au fond des éviers où l’on
récupère pratiquement tout. A l’époque
actuelle, on consomme beaucoup mais on jette énormément
et cette attitude, de ne rien laisser perdre et de ne rien gaspiller,
devrait être réintroduite. Cela s’applique
à la nourriture mais aussi à toutes choses, en particulier
l’énergie, l’eau, ne pas laisser les robinets
couler, ne pas prendre plus d’eau que nécessaire
pour une douche, éteindre la lumière ou le chauffage
dés que c’est possible. Ce que nous n’utilisons
pas, ce que nous ne gaspillons pas, est ainsi réservé
et pourra être utilisé par d’autres. Agir de
cette manière est une pratique constante d’attention
non seulement à ce que l’on fait soi-même mais
à ce qui se passe dans notre environnement. Cela veut dire
ne pas être négligent et se sentir concerné
même si on n’est pas chez soi, considérer tous
les lieux comme le monastère, comme lieu de la pratique
de la voie, lieu où l’on actualise pleinement notre
unité avec tous les êtres.