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Les regles instaurées par Dogen

GyoButsu Ji (du 19 mai au 2 juillet 2003 - suite)

LE "TENZO KYÕKUN"

 

Mercredi 21 mai 2003 – soir : Les étapes du travail du tenzo

Après le déjeuner de midi, le tenzo a consulté les responsables pour obtenir les provisions pour les jours suivants. Ensuite, il consulte les différents responsables pour discuter de la combinaison des saveurs : quel genre de petit déjeuner et quel genre de déjeuner préparer le lendemain ? quel genre de légumes ? Le tenzo est au centre de la vie du temple. Il ne se contente pas de préparer les menus selon son idée mais au contraire, chaque jour, il consulte tous les responsables et ils discutent ensemble des produits à utiliser mais aussi des combinaisons de saveurs à préparer. La nourriture et en particulier la saveur a une grande influence sur le corps, l’esprit, l’énergie des pratiquants. Le tenzo doit être conscient de ces interdépendances et agir pour le bien-être de toute la communauté. Cette façon de procéder pourrait tout à fait s’étendre à la cuisine familiale et en général à la cuisine que l’on prépare en société. Souvent chez nous, les tenzos préparent leurs menus et n’aiment pas tellement que l’on fasse des commentaires dessus ou que l’on demande des changements. Parfois même, le godo a du mal à faire changer le moindre plat. Dans cette fonction comme dans toutes les fonctions du temple, il faut être à l’écoute des autres et avoir l’esprit souple, doux.

Les responsables consultés par le tenzo, sont le directeur de l’administration du temple et son assistant, le trésorier et aussi le responsable appelé inõ qui est une fonction très importante à introduire chez nous. L’inõ supervise la pratique et la conduite des moines, il entonne tous les sûtras et chante tous les ekõ, il distribue aussi le samu. Il est au cœur de la pratique des moines et son avis est important pour le tenzo. Enfin, il y a le responsable du samu qui est consulté car les besoins alimentaires ne sont pas les mêmes si le samu consiste à essuyer la poussière sur l’autel du temple ou à faire des travaux dans le froid tel que déblayer la neige. Le tenzo doit intégrer tous ces aspects. Une fois que les responsables se sont mis d’accord, le tenzo prépare le menu et l’écrit. Ce menu est affiché devant la porte de la chambre de l’abbé, le chef du monastère et à l’entée du dojo.

L’étape suivante est de préparer le petit déjeuner du lendemain matin. Pour cela, le tenzo doit sélectionner le riz, préparer les légumes. Au Japon, le riz et les légumes sont séparés (ce n’est pas comme notre guen maï). Le riz est du riz blanc servi dans un grand bol et à coté il y à la soupe de légumes. Dõgen recommande au tenzo de préparer les légumes lui-même de ses propres mains, de les nettoyer soigneusement avec un esprit tout à fait sincère et diligent. Dans ce samu, le tenzo doit mettre toute son attention avec un esprit en unité avec ce qu’il fait, ni divisé, ni distrait. Il doit être un modèle de concentration et non pas se contenter simplement de donner des instructions aux exécutants. Ceci évidemment est valable pour le tenzo mais pour tous ceux qui font samu que ce soit à la cuisine ou ailleurs mais également dans notre travail, dans la vie quotidienne.
Notre pratique consiste à être totalement unifié avec ce que l’on fait, à mettre toute notre attention et toute notre énergie sur l’action en cours sans se laisser distraire par quoi que ce soit. D’ailleurs, Dõgen précise dans son enseignement: "Tenzo, vous ne devriez pas vous occuper de quelque chose et en même temps négliger autre chose, pas même un seul instant. Ne laissez pas se perdre une seule goutte de l’océan de vertu, de même ne manquez pas d’ajouter une simple miette sur la montagne des actions justes". On dit parfois que le zen est au-delà du bien et du mal, en l’occurrence Dõgen recommande de pratiquer des actions justes. Ce qui est juste, bien, est ce qui est en accord avec le Dharma, en accord avec l’ordre cosmique. C’est bénéfique pour tous les êtres et cela apporte au monde la paix et la tranquillité. De même que les feuilles et les branches se développent à partir des racines d’un arbre, le bien se développe à partir de l’action juste qui est en harmonie avec l’ordre cosmique.
Finalement, Dõgen rappelle que la nourriture doit être pourvue des six saveurs : - sucrésaléfadeamerpiquant - acide. Quant aux trois vertus qui doivent être intégrées à la cuisine, ce sont les qualités que l’on retrouve à la fois dans les aliments et dans la conduite humaine: - la douceur - la souplesse, la flexibilité - la pureté, le fait d’être consciencieux. Toujours, pour Dõgen comme pour les Chinois, il y a une correspondance entre les saveurs, la qualité de la nourriture et l’état d’esprit. Si la nourriture ne comporte pas l’excellence de ces six saveurs et de ces trois vertus, cela signifie que le tenzo ne sert pas véritablement la communauté comme il le devrait. Il doit également être très attentif lorsqu’il trie le riz pour le séparer du sable qu’il contient. Il doit à la fois être très attentif au riz mais aussi voir où est le sable. Si le tenzo observe attentivement la nourriture et les différents points de vue sans être distrait alors, naturellement la nourriture va intégrer les trois vertus et les six saveurs. Cette qualité dépend essentiellement de la concentration, de la qualité d’attention du tenzo à chacune de ses actions dans la cuisine. C’est dire à quel point le travail dans la cuisine est une occasion excellente de mettre en pratique et d’exprimer la concentration du zen et ceci pour soi-même mais aussi comme un service rendu à toute la Sangha. Cette qualité de concentration est tout à fait indiquée pour ceux qui font la cuisine pour leur famille ou pour n’importe quel groupe social.


Kodo Sawaki en zazen

 

 

 
 

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