Mercredi
21 mai 2003 – soir : Les étapes du travail du tenzo
Après le déjeuner de midi, le tenzo a consulté
les responsables pour obtenir les provisions pour les jours suivants.
Ensuite, il consulte les différents responsables pour discuter
de la combinaison des saveurs : quel genre de petit déjeuner
et quel genre de déjeuner préparer le lendemain ?
quel genre de légumes ? Le tenzo est au centre de
la vie du temple. Il ne se contente pas de préparer les menus
selon son idée mais au contraire, chaque jour, il consulte
tous les responsables et ils discutent ensemble des produits à
utiliser mais aussi des combinaisons de saveurs à préparer.
La nourriture et en particulier la saveur a une grande influence
sur le corps, l’esprit, l’énergie des pratiquants.
Le tenzo doit être conscient de ces interdépendances
et agir pour le bien-être de toute la communauté. Cette
façon de procéder pourrait tout à fait s’étendre
à la cuisine familiale et en général à
la cuisine que l’on prépare en société.
Souvent chez nous, les tenzos préparent leurs menus et n’aiment
pas tellement que l’on fasse des commentaires dessus ou que
l’on demande des changements. Parfois même, le godo
a du mal à faire changer le moindre plat. Dans cette fonction
comme dans toutes les fonctions du temple, il faut être à
l’écoute des autres et avoir l’esprit souple,
doux.
Les responsables consultés par le tenzo, sont le
directeur de l’administration du temple et son assistant,
le trésorier et aussi le responsable appelé inõ
qui est une fonction très importante à introduire
chez nous. L’inõ supervise la pratique et
la conduite des moines, il entonne tous les sûtras
et chante tous les ekõ, il distribue aussi le samu.
Il est au cœur de la pratique des moines et son avis est important
pour le tenzo. Enfin, il y a le responsable du samu
qui est consulté car les besoins alimentaires ne sont pas
les mêmes si le samu consiste à essuyer la
poussière sur l’autel du temple ou à faire des
travaux dans le froid tel que déblayer la neige. Le tenzo
doit intégrer tous ces aspects. Une fois que les responsables
se sont mis d’accord, le tenzo prépare le
menu et l’écrit. Ce menu est affiché devant
la porte de la chambre de l’abbé, le chef du monastère
et à l’entée du dojo.
L’étape suivante est de préparer le petit déjeuner
du lendemain matin. Pour cela, le tenzo doit sélectionner
le riz, préparer les légumes. Au Japon, le riz et
les légumes sont séparés (ce n’est pas
comme notre guen maï). Le riz est du riz blanc servi
dans un grand bol et à coté il y à la soupe
de légumes. Dõgen recommande au tenzo
de préparer les légumes lui-même de ses propres
mains, de les nettoyer soigneusement avec un esprit tout à
fait sincère et diligent. Dans ce samu, le tenzo
doit mettre toute son attention avec un esprit en unité avec
ce qu’il fait, ni divisé, ni distrait. Il doit être
un modèle de concentration et non pas se contenter simplement
de donner des instructions aux exécutants. Ceci évidemment
est valable pour le tenzo mais pour tous ceux qui font
samu que ce soit à la cuisine ou ailleurs mais également
dans notre travail, dans la vie quotidienne.
Notre pratique consiste à être totalement unifié
avec ce que l’on fait, à mettre toute notre attention
et toute notre énergie sur l’action en cours sans se
laisser distraire par quoi que ce soit. D’ailleurs, Dõgen
précise dans son enseignement: "Tenzo, vous ne devriez
pas vous occuper de quelque chose et en même temps négliger
autre chose, pas même un seul instant. Ne laissez pas se perdre
une seule goutte de l’océan de vertu, de même
ne manquez pas d’ajouter une simple miette sur la montagne
des actions justes". On dit parfois que le zen
est au-delà du bien et du mal, en l’occurrence Dõgen
recommande de pratiquer des actions justes. Ce qui est juste, bien,
est ce qui est en accord avec le Dharma, en accord avec
l’ordre cosmique. C’est bénéfique pour
tous les êtres et cela apporte au monde la paix et la tranquillité.
De même que les feuilles et les branches se développent
à partir des racines d’un arbre, le bien se développe
à partir de l’action juste qui est en harmonie avec
l’ordre cosmique.
Finalement, Dõgen rappelle que la nourriture doit
être pourvue des six saveurs : - sucré
– salé – fade
– amer – piquant -
acide. Quant aux trois vertus qui doivent être
intégrées à la cuisine, ce sont les qualités
que l’on retrouve à la fois dans les aliments et dans
la conduite humaine: - la douceur - la
souplesse, la flexibilité - la
pureté, le fait d’être consciencieux.
Toujours, pour Dõgen comme pour les Chinois, il
y a une correspondance entre les saveurs, la qualité de la
nourriture et l’état d’esprit. Si la nourriture
ne comporte pas l’excellence de ces six saveurs et de ces
trois vertus, cela signifie que le tenzo ne sert pas véritablement
la communauté comme il le devrait. Il doit également
être très attentif lorsqu’il trie le riz pour
le séparer du sable qu’il contient. Il doit à
la fois être très attentif au riz mais aussi voir où
est le sable. Si le tenzo observe attentivement la nourriture
et les différents points de vue sans être distrait
alors, naturellement la nourriture va intégrer les trois
vertus et les six saveurs. Cette qualité dépend essentiellement
de la concentration, de la qualité d’attention du tenzo
à chacune de ses actions dans la cuisine. C’est dire
à quel point le travail dans la cuisine est une occasion
excellente de mettre en pratique et d’exprimer la concentration
du zen et ceci pour soi-même mais aussi comme un
service rendu à toute la Sangha. Cette qualité
de concentration est tout à fait indiquée pour ceux
qui font la cuisine pour leur famille ou pour n’importe quel
groupe social.
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