Le site du dojo zen de nice
 

GyoButsu Ji (2004)

 
 

"Le monastère est en nous" (suite)

Certains craignent parfois que celui ou celle qui devient moine va finir par délaisser sa famille ou son travail . Mais ce que le moine "délaisse" c’est l’attachement à la famille, c’est-à-dire le coté égoïste de l’ amour. Mais il continue à donner son affection et à assurer ses responsabilités avec bienveillance pour tous les membres de sa famille. De même le moine "délaisse" ses ambitions professionnelles en ne cherchant plus à faire carrière. Mais il s’occupe de son travail avec beaucoup d’attention et avec l’esprit d’en faire un service rendu à la société.

Pour vivre en société comme dans un monastère, il faut pouvoir mener une vie suffisamment régulière. Cela ne peut que nous inciter à laisser toutes les activités superflues mais qui encombrent notre emploi du temps. Mais il faut surtout pouvoir se concentrer sur chaque instant. Ce qui est à priori possible partout, mais est parfois très difficile même dans un véritable monastère.
De plus, les moines qui ne vivent pas dans un monastère ont la possibilité d’y faire des retraites périodiques ; ce ressourcement va aider à faire de la vie quotidienne la pratique de la voie. Comment ? En commençant chaque journée par une séance de méditation assise (zazen) qui consiste essentiellement à se concentrer sur la posture de son corps et à être très attentif à ses respirations. Le calme de l’esprit ainsi retrouvé va aider à y voir plus clair, à mieux se comprendre soi-même et à moins s’attacher à ses constructions mentales. Le moine est appelé "unsui" nuage et eau, car il réalise un esprit qui ne stagne sur rien, mais qui n’est pas non plus distrait. Dans le reste de la journée, il est bon de recourir le plus souvent possible à l’attention au corps et à la respiration, en étant assis, en marchant, en conduisant sa voiture, en travaillant. Les règles de la vie monastique ne concernent pas seulement la pratique de la méditation et des cérémonies, elles concernent aussi la façon de préparer et de prendre les repas. Même si on ne peut pas les transposer intégralement dans la vie quotidienne, on peut en retenir l’essentiel. Pour la cuisine, cela consistera à préparer les repas en veillant à la variété de la nourriture, à son équilibre au niveau des différentes saveurs et des propriétés des aliments. Il s’agit aussi de se concerter avec les autres pour les menus et de ne pas seulement suivre sa propre idée. Il conviendra d’utiliser au mieux les ingrédients disponibles et de ne pas les gaspiller : rien ne doit être perdu, l’eau doit être épargnée, les aliments qui ne respectent pas l’environnement seront évités.

Les repas seront pris avec concentration sur le fait de manger : aussi silencieusement que possible, sans laisser de restes, en respectant le rythme des autres, attendant que chacun ait fini le plat en cours avant de passer au suivant, commencer et finir le repas tous ensemble et en même temps. On évitera bien sur de lire le journal, de regarder la télévision en mangeant, mais aussi de s’engager dans des discussions qui agitent l’esprit. On participera à la vaisselle et au rangement des ustensiles et de la table.
On veillera à la régularité des périodes de repos et au respect du repos de chacun en particulier en établissant un horaire pour le coucher et le réveil qui assure le silence pendant le temps réservé au sommeil. Dans la façon de faire sa toilette, on se concentrera sur ses gestes, on évitera de gaspiller l’eau et on laissera les lieux utilisés aussi propres que possible. On prendra soin de ranger ses affaires et de ne rien laisser traîner. Cela évitera à chacun de perdre du temps à la recherche d’objets égarés et cela permettra surtout de vivre dans un environnement ordonné et harmonieux qui favorisera la concentration de l’esprit. C’est ce que les parents essaient d’inculquer à leurs enfants, mais que même les adultes ont souvent du mal à pratiquer.
Les règles de vie monastiques concernent aussi les relations avec les autres. Elles visent à favoriser le respect réciproque des membres de la communauté quelle que soit sa position. Dans un monde où l’incivilité augmente de jour en jour, cet aspect de la vie de moine mérite d’être mieux connu et pratiqué.
Par contre, il peut paraître utopique de vouloir répandre la pratique de la pauvreté monastique dans une société en quête d’une perpétuelle augmentation des richesses.
On peut néanmoins en favoriser une meilleure répartition et remédier ainsi à une pauvreté réelle et involontaire d’une part importante de la population, et ceci pas seulement dans ce qu’on appelle le tiers-monde.

Surtout il conviendrait de s’interroger davantage sur le vrai sens de la richesse et de voir qu’elle n’est pas forcément liée à la possession de beaucoup de choses matérielles. Combien de gens dépensent leur temps et leur énergie à poursuivre des objets qui les laissent finalement insatisfaits !