"Le
monastère est en nous" (suite)
Certains
craignent parfois que celui ou celle qui devient moine va finir
par délaisser sa famille ou son travail . Mais ce que le
moine "délaisse" c’est l’attachement
à la famille, c’est-à-dire le coté égoïste
de l’ amour. Mais il continue à donner son affection
et à assurer ses responsabilités avec bienveillance
pour tous les membres de sa famille. De même le moine "délaisse"
ses ambitions professionnelles en ne cherchant plus à faire
carrière. Mais il s’occupe de son travail avec beaucoup
d’attention et avec l’esprit d’en faire un service
rendu à la société.
Pour vivre en société comme dans un monastère,
il faut pouvoir mener une vie suffisamment régulière.
Cela ne peut que nous inciter à laisser toutes les activités
superflues mais qui encombrent notre emploi du temps. Mais il faut
surtout pouvoir se concentrer sur chaque instant. Ce qui est à
priori possible partout, mais est parfois très difficile
même dans un véritable monastère.
De plus, les moines qui ne vivent pas dans un monastère ont
la possibilité d’y faire des retraites périodiques
; ce ressourcement va aider à faire de la vie quotidienne
la pratique de la voie. Comment ? En commençant chaque journée
par une séance de méditation assise (zazen)
qui consiste essentiellement à se concentrer sur la posture
de son corps et à être très attentif à
ses respirations. Le calme de l’esprit ainsi retrouvé
va aider à y voir plus clair, à mieux se comprendre
soi-même et à moins s’attacher à ses constructions
mentales. Le moine est appelé "unsui"
nuage et eau, car il réalise un esprit qui ne stagne sur
rien, mais qui n’est pas non plus distrait. Dans le reste
de la journée, il est bon de recourir le plus souvent possible
à l’attention au corps et à la respiration,
en étant assis, en marchant, en conduisant sa voiture, en
travaillant. Les règles de la vie monastique ne concernent
pas seulement la pratique de la méditation et des cérémonies,
elles concernent aussi la façon de préparer et de
prendre les repas. Même si on ne peut pas les transposer intégralement
dans la vie quotidienne, on peut en retenir l’essentiel. Pour
la cuisine, cela consistera à préparer les repas en
veillant à la variété de la nourriture, à
son équilibre au niveau des différentes saveurs et
des propriétés des aliments. Il s’agit aussi
de se concerter avec les autres pour les menus et de ne pas seulement
suivre sa propre idée. Il conviendra d’utiliser au
mieux les ingrédients disponibles et de ne pas les gaspiller
: rien ne doit être perdu, l’eau doit être épargnée,
les aliments qui ne respectent pas l’environnement seront
évités.
Les repas seront pris avec concentration sur le fait de manger :
aussi silencieusement que possible, sans laisser de restes, en respectant
le rythme des autres, attendant que chacun ait fini le plat en cours
avant de passer au suivant, commencer et finir le repas tous ensemble
et en même temps. On évitera bien sur de lire le journal,
de regarder la télévision en mangeant, mais aussi
de s’engager dans des discussions qui agitent l’esprit.
On participera à la vaisselle et au rangement des ustensiles
et de la table.
On veillera à la régularité des périodes
de repos et au respect du repos de chacun en particulier en établissant
un horaire pour le coucher et le réveil qui assure le silence
pendant le temps réservé au sommeil. Dans la façon
de faire sa toilette, on se concentrera sur ses gestes, on évitera
de gaspiller l’eau et on laissera les lieux utilisés
aussi propres que possible. On prendra soin de ranger ses affaires
et de ne rien laisser traîner. Cela évitera à
chacun de perdre du temps à la recherche d’objets égarés
et cela permettra surtout de vivre dans un environnement ordonné
et harmonieux qui favorisera la concentration de l’esprit.
C’est ce que les parents essaient d’inculquer à
leurs enfants, mais que même les adultes ont souvent du mal
à pratiquer.
Les règles de vie monastiques concernent aussi les relations
avec les autres. Elles visent à favoriser le respect réciproque
des membres de la communauté quelle que soit sa position.
Dans un monde où l’incivilité augmente de jour
en jour, cet aspect de la vie de moine mérite d’être
mieux connu et pratiqué.
Par contre, il peut paraître utopique de vouloir répandre
la pratique de la pauvreté monastique dans une société
en quête d’une perpétuelle augmentation des richesses.
On peut néanmoins en favoriser une meilleure répartition
et remédier ainsi à une pauvreté réelle
et involontaire d’une part importante de la population, et
ceci pas seulement dans ce qu’on appelle le tiers-monde.
Surtout il conviendrait de s’interroger davantage sur le vrai
sens de la richesse et de voir qu’elle n’est pas forcément
liée à la possession de beaucoup de choses matérielles.
Combien de gens dépensent leur temps et leur énergie
à poursuivre des objets qui les laissent finalement insatisfaits
!
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