S’il
est recommandé de pratiquer dans un monastère, c’est
parce que la vie y est organisée suivant une règle
qui permet de faire de chaque moment et de chaque action une occasion
de pratiquer. Cette pratique consiste à être vigilant,
un avec ce que l’on fait, mais aussi un avec les autres,
de s’harmoniser avec les autres comme le lait et l’eau
; ce qu’apporte une vie de moine, c’est donc cette
unité retrouvée dans notre existence, alors que
la pratique d’un laic est souvent vécue comme une
heureuse parenthèse dans une vie quotidienne partagée
entre de multiples obligations : le travail dans une entreprise
toujours plus stressant, une vie de famille avec toutes ses exigences
avec des personnes qui ne partagent pas forcément la même
aspiration. Pratiquer la voie en étant laïc est possible
mais bien plus difficile qu’en étant moine.
Cependant, depuis plus d’un siècle, les moines zen
de la tradition japonaise ont reçu l’autorisation
de se marier, de fonder une famille et même d’avoir
un travail dans la société civile. C’est aussi
le cas pour les moines zen qui vivent en occident. Faire
ce choix ne signifie pas pratiquer la voie à temps partiel,
lorsqu’on se retrouve en méditation dans le dojo.
Cela signifie qu’à partir de la pratique régulière
de cette méditation, le zazen, toute la
vie devient le lieu de la pratique. Cela est plus difficile
mais pas impossible et c’est le défi que nous tentons
de relever, pas seulement pour nous-même, mais pour rendre
à la pratique son caractère universel et permettre
à tous de s’y engager, au lieu de la réserver
à une sorte d’élite.
Mener une vie de moine en famille paraît une contradiction
si on considère que le moine doit vivre seul. Mais si on
réalise que la vraie nature de notre vie est d’être
un avec tous les etres, solidaire, alors la vie de famille peut
devenir une excellente occasion de pratique. Par exemple, Maître
Dogen recommandait
aux moines qui avaient des responsabilités dans le monastère
de développer un esprit de parent vis-à-vis des
autres moines et même avec les objets de la vie quotidienne
en en prenant soin avec la même attention bienveillante
qu’un parent s’occupe de ses enfants. C’est
dire que la responsabilité de parent correspond bien à
un aspect essentiel de l’esprit du moine.