Le site du dojo zen de nice
 

Kusen de Maître Roland Yuno Rech

GyoButsu Ji (2004)

 

"Le monastère est en nous"

       Le bouddhisme mahayana et donc le zen enseignent que tous les êtres ont la nature de Bouddha. On pourrait donc penser qu’il est inutile de pratiquer et en particulier de devenir moine et d’entrer dans un monastère.

Mais avoir la nature de Bouddha signifie avoir la capacité de s’éveiller.

Sans pratique, cette nature demeure virtuelle et ne s’actualise pas vraiment. Devenir moine veut dire être seul et aussi être Un. Seul, c’est-à-dire laisser tomber nos objets d’attachement et être totalement disponible pour la pratique de la voie 24 heures sur 24. "Un" veut dire un avec le dharma, la vérité universelle qui fonde nos existences. Devenir un vrai moine, c’est donc déjà réaliser l’éveil, devenir Bouddha, devenir ce que nous sommes en réalité depuis toujours, actualiser notre véritable nature.


S’il est recommandé de pratiquer dans un monastère, c’est parce que la vie y est organisée suivant une règle qui permet de faire de chaque moment et de chaque action une occasion de pratiquer. Cette pratique consiste à être vigilant, un avec ce que l’on fait, mais aussi un avec les autres, de s’harmoniser avec les autres comme le lait et l’eau ; ce qu’apporte une vie de moine, c’est donc cette unité retrouvée dans notre existence, alors que la pratique d’un laic est souvent vécue comme une heureuse parenthèse dans une vie quotidienne partagée entre de multiples obligations : le travail dans une entreprise toujours plus stressant, une vie de famille avec toutes ses exigences avec des personnes qui ne partagent pas forcément la même aspiration. Pratiquer la voie en étant laïc est possible mais bien plus difficile qu’en étant moine.
Cependant, depuis plus d’un siècle, les moines zen de la tradition japonaise ont reçu l’autorisation de se marier, de fonder une famille et même d’avoir un travail dans la société civile. C’est aussi le cas pour les moines zen qui vivent en occident. Faire ce choix ne signifie pas pratiquer la voie à temps partiel, lorsqu’on se retrouve en méditation dans le dojo. Cela signifie qu’à partir de la pratique régulière de cette méditation, le zazen, toute la vie devient le lieu de la pratique. Cela est plus difficile mais pas impossible et c’est le défi que nous tentons de relever, pas seulement pour nous-même, mais pour rendre à la pratique son caractère universel et permettre à tous de s’y engager, au lieu de la réserver à une sorte d’élite.

Mener une vie de moine en famille paraît une contradiction si on considère que le moine doit vivre seul. Mais si on réalise que la vraie nature de notre vie est d’être un avec tous les etres, solidaire, alors la vie de famille peut devenir une excellente occasion de pratique. Par exemple, Maître Dogen recommandait aux moines qui avaient des responsabilités dans le monastère de développer un esprit de parent vis-à-vis des autres moines et même avec les objets de la vie quotidienne en en prenant soin avec la même attention bienveillante qu’un parent s’occupe de ses enfants. C’est dire que la responsabilité de parent correspond bien à un aspect essentiel de l’esprit du moine.