Le zen, c'est l'essence du bouddhisme. Zen,
cela veut dire méditation et le Bouddha
est devenu Bouddha, c'est-à-dire s'est éveillé,
a réalisé la véritable dimension de
sa vie qui lui a permis de se réaliser en zazen.
Sans zazen, il n'y aurait pas eu de Bouddha.
Zazen est antérieur au bouddhisme puisque
le bouddhisme, c'est une doctrine ou ce sont des doctrines
qui sont issues de l'expérience et de l'expression
de cette expérience par Bouddha.
Alors, même au sujet de la méditation, il
y a plein d'écoles différentes dans le bouddhisme.
A l'époque de Dogen (1200, 1253), s'il a
écrit le Fukanzazengi,
c'est parce que beaucoup ne comprenaient plus ce qu'était
le zazen, même parmi les écoles zen
du Bouddhisme. Certains s'étaient mis à étudier
les koan. Les partisans du zen subit disaient
:"Il suffit de voir intuitivement sa propre nature",
et ils se méfiaient de la pratique de zazen,
ils critiquaient souvent zazen. La raison profonde,
c'est que zazen avait été déformé.
Il y a une manière de pratiquer zazen.
Si on fait une méditation à la manière
des dhyana, quand on essaye progressivement de
faire le vide dans l'esprit, d'éliminer les bonno
au moyen de techniques mentales, en pratiquant par étapes,
cela devient une pratique graduelle, mais l'essence même
est perdue, c'est une dualité, ce n'est pas une libération,
on oublie que les bonno sont sans essence, vacuité.
Tout un aspect de l'enseignement de Bouddha, le
point de vue sagesse, est perdu. On n'a retenu que l'aspect
concentration.
Au fil des siècles, depuis Eno jusqu'à
Dogen, beaucoup de maîtres ont critiqué
ce qu'était devenue la concentration dans le zen.
Trop s'attacher à la concentration devient graduellement
une pratique de concentration. Cette attitude était
critiquée. C'est là que Nyojo et
Dogen ont eu le génie de montrer que le
véritable zazen est une pratique subite,
pas une gradation comme dans le Hinayana. Si on
ne s'attache pas à supprimer les bonno,
à chasser les pensées, si on pratique comme
ils l'ont expliqué, alors zazen lui-même
est éveil. L'ouverture de l'esprit se réalise
dans l'instant juste de zazen et Nyojo
comme Dogen, qui ont enseigné shikantaza
- tout comme Maître Wanshi - n'ont pas prétendu
faire une découverte, mais une redécouverte
de l'éveil de Bouddha, la vraie méditation.
Dogen était très critique par rapport
aux maîtres de son époque. "Il faut
trouver un vrai maître pour pratiquer",
disait-il. Il y avait plein de maîtres qui se trompaient
sur zazen, qui est le retour à l'expérience
de Bouddha, zazen sans séparation,
et non pas une pratique graduelle. Mais il y a une transformation
graduelle de notre karma, ça c'est autre
chose. Zazen influence tous les aspects de notre
vie jusqu'à devenir la source d'une révolution
dans la vie. Mais on n'utilise pas le pouvoir de la volonté,
c'est inconsciemment et naturellement, et zazen
n'est pas une technique parmi d'autres.