"L'autre fois tu as dit que
l'on ne peut pas se certifier soi-même mais c'est
un peu la raison d'être de la relation maitre-disciple,
non ?"
"C'est un aspect de cette relation, mais on ne choisi
pas un maître pour se certifier. Un maître,
ce n'est pas un notaire !"
"Alors, ce que j'aimerai savoir,
c'est : est-ce qu'il suffit de recevoir l'ordination pour
diriger dans un dojo, pour transmettre l'enseignement de
Bouddha. Dans un dojo ou encore ici à
la Gendonnière."
"Cela se fait naturellement. Chaque fois que l'on
a voulu trouver un système, cela a été
trés difficile. Comme Maître Deshimaru
est mort sans avoir transmis le shiho à
personne, après sa mort c'est la sangha
qui s'est concertée ; c'est-à-dire les plus
anciens disciples de cette sangha, ceux qui étaient
les plus proches de Maître Deshimaru. Il
y a eu des tas de réunions. Ça a pris pas
mal de temps jusqu'au moment où il est apparu que
quelques disciples (c'était quatre à l'époque),
étaient les plus représentatifs de l'enseignement
de sensei. A ce moment là, il a été
proposé que ces quatres disciples reçoivent
le shiho de façon à ce que la mission
de sensei, la transmission de son zen
en occident soit reconnue historiquement, sans coupure dans
la transmission. Alors comme vous le savez tous, trois ont
reçu le shiho. Ca c'est passé comme
ça dans l'histoire mais ce n'est pas fermé.
Ce n'est pas quelque chose qui doit s'arrêter là.
Je crois que l'on fait trop de mystère et on mystifie
trop tout ce qui concerne le shiho et la transmission".
"Ce n'est pas tellement une
question de mystère mais pour savoir qui apprécie
la compétence de quelqu'un pour enseigner, et pas
seulement ici à la Gendronnière."
"Pour ce qui est de la Gendronnière,
la sangha doit constamment secréter ses
organes de décision puisqu'il n'y a pas une personne
qui décide pour tout le monde, mais c'est une manière
qui n'est pas contradictoire avec la tradition bouddhiste.
Finalement, même sensei se concertait beaucoup
avec ses disciples. Beaucoup de décisions étaient
collectives. Il tranchait en dernier lieu mais la tradition
de la concertation dans la sangha est une tradition
très importante.
Quoi qu'il en soit on a créé un goupe d'anciens
au nombre de douze ou treize personnes. Ce sont ces personnes
qui se sont réunies à la sesshin de printemps
pour décider qui serait godo dans les douze
prochains mois à la Gendronnière.
Pour l'instant, ça marche comme ça. Après
on verra bien. La sangha est un organe complètement
vivant. On ne peut donc pas se figer dans des structures
ou dans un système. Il faut toujours créer
la meilleure solution à un moment donné compte
tenu de l'évolution de chacun. A la fin, ce qui compte
fondamentalement, c'est que la transmission de l'enseignement
ait lieu. Il ne faut pas que l'arbre cache la forêt,
que le doigt remplace la lune. Ce qui est important c'est
ce qui se passe ici, la pratique qui est enseignée."