"Pratiquement, comment agir
avec compassion ? Est-ce qu'il faut tendre l'autre joue
quand on me donne une claque ?"
"Pas nécessairement. La compassion, ce n'est
pas toujours la gentillesse, la douceur ou la tendresse.
La compassion c'est agir vis-à-vis des autres pas
par égoïsme mais en faisant ce qui est juste
à ce moment-là pour permettre à l'autre
de résoudre sa propre souffrance. Parfois les gens
ont besoin de douceur, d'aide, mais parfois c'est au contraire
le kyosaku,
se faire engueuler, qui apporte une aide réelle.
Mais avec toujours l'amour au fond du coeur. Ce n'est pas
de l'égoïsme, pas de la haine, ce n'est pas
une réaction de l'ego. C'est profondément
penser au bien de l'autre, ce qui est bien pour lui à
ce moment là. Le propre du bodhisattva c'est
d'utiliser toute sorte de moyens, librement. Donc, il n'y
a pas une recette. C'est une chose à créer
avec sagesse.
Sensei Deshimaru disait "Il
ne peut pas y avoir de compassion sans sagesse",
parce que la vraie compassion c'est d'aider. Il faut comprendre
l'autre, mais pour ça aussi il faut se comprendre
soi-même, comprendre ses propres illusions. Comprendre
que l'autre n'est pas différent de nous, sinon on
développe un esprit un peu intolérant. On
pense que les autres sont dans l'erreur, ne comprennent
rien. "Comment ils peuvent être aussi stupides
pour être enlisés dans de telles illusions
? Comment font-ils pour ne pas voir ce qui est juste, ce
qui est évident, ce que moi j'ai compris ?".
Si on a cet esprit-là, on ne peut pas avoir de compassion.
La vraie compassion c'est d'abord d'accepter qu'on a en
soi les bonno, la graine, la racine des bonno.
Alors ça vous permet d'accepter l'autre dans sa réalité,
tel qu'il est, pas tel que vous voudriez qu'il soit.
C'est à partir de cette acceptation qu'il faut aider,
en devenant l'autre. A ce moment-là vous pouvez mieux
comprendre, devenir l'autre, mais pas totalement parce que,
sinon, vous tombez dans cette espèce de sympathie,
vous fusionnez avec l'autre : "Ah ! d'accord, d'accord".
Mais, à la fin, c'est comme couler avec quelqu'un
qui se noie. Donc c'est important d'être à
la fois avec, tendre la main, mais en même temps d'être
capable de nager ou de se tenir fermement à la rive
pour ne pas couler avec l'autre.