"En lisant une revue de l'Association,
j'ai lu une phrase de Maître Deshimaru qui
disait : "Avoir peur de l'ordre cosmique".
Alors, pourquoi en avoir peur, et suivre l'ordre cosmique
?"
"En avoir peur, ça veut dire le respecter et
donc le suivre. Si on va contre, notre vie devient erronnée.
La première fois que j'ai vu Sensei, c'est
exactement ce qu'il a dit. C'était à Zinal
en 1972. Je vois Sensei apparaître ; il traverse
la salle ; il ouvre la bouche et il dit : "Voilà
les nouveaux préceptes du zen : numéro un,
vous devez avoir peur de l'ordre cosmique". J'étais
assez surpris.
Avoir peur de l'ordre cosmique, c'est sentir vraiment l'interdépendance
de notre vie avec tout l'univers. A ce moment là,
on se rend compte que notre action, nos pensées,
notre manière d'être, sont complètement
importants. On est responsable. Çà influence
toute chose, et à la fin, çà nous revient.
C'est le karma.
La pollution, par exemple. A travers la loi d'interdépendance,
le comportement de chacun contribue à la pollution.
Souvent, les gens sont irresponsables. Ils pensent que ce
qu'ils font, çà n'aura pas d'effet. La causalité,
l'interdépendance, c'est vraiment le point essentiel
de l'ordre cosmique. Tout l'univers n'existe qu'à
cause de cela. Interdépendance, causalité.
Et nous, on est là, dedans. Sentir cela, c'est mener
une vie en unité avec l'univers. Donc devenir vraiment
responsable, et donc devenir vraiment libre. Ne pas subir
les choses comme une fatalité. Se rendre compte qu'on
crée notre vie, à travers ce que nous sommes.
Si l'on comprend cette loi d'interdépendance, on
peut se rapprocher de l'ordre cosmique. en avoir peur, c'est
se dire : "si je me trompe, je me trompe avec tout
l'univers". C'est pas seulement une petite erreur
que l'on peut cacher. C'est infini. Chacune de nos actions,
de nos pensées, de nos paroles, est infinie. C'est
cela l'enseignement de l'ordre cosmique."
"Mais il n'y a pas de notion
de crainte ?"
"Si, si. Il faut avoir la trouille. Ne pas avoir peur
d'avoir peur. Bien sûr on dit que le zen,
c'est la non-peur. Mais c'est comme l'histoire de la non-étude
de tout à l'heure. La non-peur ne peut vraiment se
réaliser que quand on a eu vraiment peur. Quand on
a été jusqu'au bout de sa peur. Sinon, la
non-peur, c'est de la témérité, on
ne veut pas voir les vrais dangers. Par exemple, pendant
la guerre, les pilotes que l'on envoyait pour les missions
les plus dangereuses, ce n'étaient pas les pilotes
les plus courageux ou téméraires, mais au
contraire ceux qui avaient un peu peur. Parce que grâce
à leur peur, ils étaient concentrés
et attentifs. Ils avaient donc plus de chances de revenir
des missions dangereuses. Les pilotes téméraires
se faisaient descendre.
Donc, parfois, la peur est très importante. La peur
est un message. Cela n'existe pas seulement chez les êtres
humains, mais chez les animaux aussi. La peur est un signal
d'alarme. Si l'on n'a pas peur, on commet plein d'erreurs.
C'est donc important d'avoir peur et de surmonter cette
peur."