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Maître Dogen (1200-1253)

Corrections : R.Y. Rech, L. Strimm et K. Rovel.
© Dojo zen de Nice - 2004 -

FUKAN ZAZENGI

Enseignement du zazen

Tazunuru ni sore, dô moto enzû, ikade ka shushô o karan, shûjô jizai nanzo kufû o tsuiyasan. Iwan ya, zentai haruka ni jinnai o izu, tare ka hosshiki no shudan o shin zen. Ôyoso, tôjo o hanarezu, ani shugyô no kyakutô o mochiuru mono naran ya. Shikare domo, gôri mo sa areba, tenchi haruka ni hedatari, ijun wazuka ni okoreba, funnen toshite shin o shissu. Tatoi, e ni hokori, go ni yutaka ni shite, betchi no chitsû o e, dô o e, shin o akiramete shôten no shiiki o koshi, nittô no henryô ni shôyô su to iedomo, hotondo shusshin no katsuro o kikessu.

Iwan ya, kano gion no shôchi taru, tanza roku nen no shôseki mitsu beshi, shôrin no shin in o tsutauru, menpeki kusai no shômyô nao kikoyu. Koshô sude ni shikari, konjin nanzo ben zezaru.

Yue ni subekaraku koto o tazune go o ô no gegyô o kyû subeshi. Subekaraku ekô henshô no taiho o gaku subeshi. Shinjin jinen ni datsuraku shite, honrai no menmoku genzen sen. Inmo no ji o en to hosseba, kyû ni inmo no ji o tsutomeyo.

Sore sanzen wa jôshitsu yoroshiku, on jiki setsu ari. Shoen o hôsha shi, banji o kyûsoku shite, zennaku o omowazu, zehi o kan suru koto nakare. Shin i shiki no unten o yame, nen sô kan no shikiryô o yamete, sabutto hakaru koto nakare, ani za ka ni kakawaran ya.

Yono tsune, zasho ni wa atsuku zamotto shiki, ue ni futon o mochiu. Arui wa kekka fuza, arui wa hanka fuza. Iwaku, kekka fuza wa, mazu migi no ashi o motte hidari no momo no ue ni anji, hidari no ashi o migi no momo no ue ni anzu. Hanka fuza wa, tada hidari no ashi o motte migi no momo o osu nari. Yuruku etai o kakete, seisei narashimu beshi. Tsugi ni migi no te o hidari no ashi no ue ni anji, hidari no tanagokoro o migi no tanagokoro no ue ni anji, ryô no daiboshi, mukaite ai sasou. Sunawachi shôshin tanza shite, hidari ni sobadachi migi ni katamuki, mae ni kugumari shirie ni aogu koto o ezare. Mimi to kata to taishi, hana to hozo to tai seshimen koto o yôsu. Shita ue no agito ni kakete, shin shi ai tsuke, me wa subekaraku tsune ni hiraku beshi. Bisoku kasuka ni tsûji, shinsô sude ni totonoete, kanki issoku shi, sayû yôshin shite, gotsu gotsu toshite zajô shite, kono fushiryô tei o shiryô seyo. Fushiryô tei ikan ga shiryô sen. Hi shiryô. Kore sunawachi zazen no yôjutsu nari.

Iwayuru zazen wa shûzen ni wa arazu. Tada kore anraku no hômon nari, bodai o gûjin suru no shushô nari. Kôan genjô, rarô imada itarazu. Moshi kono i o eba, ryû no mizu o uru ga gotoku, tora no yama ni yoru ni nitari. Masa ni shiru beshi, shôbô onozukara genzen shi, konsan mazu bokuraku suru koto o.

Moshi za yori tataba, jojo toshite mi o ugokashi, anshô toshite tatsu beshi, sotsubô naru bekarazu. Katte miru, chôbon osshô, zadatsu ryûbô mo, kono chikara ni ichinin suru koto o.

Iwan ya mata, shikan shintsui o nenzuru no tenki, hokken bô katsu o kosuru no shôkai mo, imada kore shiryô funbetsu no yoku gesuru tokoro ni arazu, ani jinzû shushô no yoku shiru tokoro to sen ya. Shôshiki no hoka no iigi taru beshi, nan zo chiken no saki no kisoku ni arazaru mono naran ya.

Shikareba sunawachi, jôchi kagu o ronzezu, rijin donsha o erabu koto nakare. Sen itsu ni kufû seba, masa ni kore bendô nari. Shushô onozukara zenna sezu, shukô sara ni kore byôjô naru mono nari.

Oyoso sore, jikai tahô, saiten tôchi, hitoshiku butchin o ji shi, moppara shûfû o hoshii mama ni su. Tada taza o tsutomete, gotchi ni saeraru. Manbetsu sensha to iu to iedomo, shikan ni sanzen bendô subeshi. Nan zo jike no zajô o bôkyaku shite, midari ni takoku no jinkyô ni kyorai sen. Moshi ippo o ayamareba, tômen ni shaka su.

Sude ni ninshin no kiyô o etari, munashiku kôin o wataru koto nakare. Butsudô no yôki o honin su, tare ka midari ni sekka o tanoshiman. Shika nomi narazu, gyôshitsu wa sôro no gotoku, unmei wa denkô ni nitari. Shukkotsu toshite sunawachi kûji, shuyu ni sunawachi shissu.

Koi negawaku wa, sore sangaku no kôru, hisashiku mozô ni naratte, shinryû o ayashimu koto nakare. Jikishi tanteki no dô ni shôjin shi, zetsu gaku mu i no hito o sonki shi, butsu butsu no bodai ni gattô shi, soso no zanmai o tekishi seyo. Hisashiku inmo naru koto o nasaba, subekaraku kore inmo naru beshi, hôzô onozukara hirakete juyô nyoi naran.

 

FUKANZAZENGI

Enseignement du zazen

La Voie est fondamentalement parfaite. Elle pénètre tout. Comment pourrait-elle dépendre de la pratique et de la réalisation ? Le véhicule du Dharma est libre et dégagé de toute entrave. En quoi l’effort concentré de l’homme est-il nécessaire ? En vérité, le Grand Corps est bien au-delà de la poussière du monde. Qui pourrait croire qu’il existe un moyen de l’épousseter ? Il n’est jamais distinct de quiconque, toujours exactement là où l’on est. À quoi bon aller ici ou là pour pratiquer ? Cependant, s’il y a un fossé, si étroit soit-il, la Voie reste aussi éloignée que le ciel l’est de la terre. Si l’on manifeste la moindre préférence ou la moindre antipathie, l’esprit se perd dans la confusion.

Imaginez une personne qui se flatte de comprendre et qui se fait des illusions sur son propre éveil, entrevoyant la sagesse qui pénètre toutes choses, joint la Voie et clarifie l’âme, et fait naître le désir d’escalader le ciel lui-même. Celle-là a entrepris l’exploration initiale et limitée des zones frontalières mais son action est encore insuffisante sur la Voie vitale de l’émancipation absolue. Ai-je besoin de parler du Bouddha, qui était en possession de la connaissance innée ? On ressent encore l’influence des six années qu’il vécut, assis en lotus dans une immobilité totale. Et Bodhidharma, dont la transmission du sceau jusqu’à nos jours a conservé le souvenir de ses neuf années de méditation devant un mur ? Puisqu’il en était ainsi avec les saints d’autrefois, comment les hommes d’aujourd’hui peuvent-ils se dispenser de négocier la Voie ? Vous devez en conséquence aban-donner une pratique fondée sur la compréhension intellectuelle courant après les mots et vous en tenant à la lettre. Vous devez apprendre le demi-tour qui dirige votre lumière vers l’intérieur pour illuminer votre vraie nature. Le corps et l’esprit d’eux-mêmes s’effaceront, et votre visage originel apparaîtra. Si vous voulez atteindre l’éveil, vous devez pratiquer l’éveil sans tarder.

Pour zazen une pièce silencieuse convient. Mangez et buvez sobrement. Rejetez tout engagement et abandonnez toute affaire. Ne pensez pas “ceci est bien, cela est mal”. Ne prenez parti ni pour ni contre. Arrêtez tous les mouvements de l’esprit conscient. Ne jugez pas des pensées et des perspectives. N’ayez aucun désir de devenir un Bouddha. Zazen n’est pas limité à la position assise ou la position allongée.

À l’endroit où vous avez l’habitude de vous asseoir, étendez une natte épaisse et placez un coussin dessus. Asseyez-vous en lotus ou bien en demi-lotus. Dans la pose du lotus, vous placez d’abord votre pied droit sur votre cuisse gauche, et votre pied gauche sur votre cuisse droite. Dans la pose du demi-lotus, vous vous contentez de placer votre pied gauche sur votre cuisse droite. Veillez à desserrer vos vêtements et votre ceinture, arrangez-les convenablement. Placez alors votre main droite sur votre jambe gauche et votre main gauche (tournée vers le haut) sur votre main droite. Les extrémités des pouces se touchent. Asseyez-vous bien droit, dans l’attitude corporelle correcte, ni penché à gauche ni penché à droite, ni en avant ni en arrière. Assurez-vous que vos oreilles sont dans le même plan que vos épaules et que votre nez se trouve sur la même ligne verticale que votre nombril. Placez la langue en avant contre le palais ; la bouche est fermée, les dents se touchent. Les yeux doivent rester toujours ouverts et vous devez respirer doucement par le nez. Quand vous avez pris la posture correcte, respirez profondément une fois, inspirez et expirez. Inclinez votre corps à droite et à gauche et immobilisez-vous dans une position assise stable.

Pensez du tréfonds de la non-pensée. Comment pense-t-on du tréfonds de la non-pensée ? C’est l’au-delà de la pensée (hishiryo). Ceci en soi est l’art essentiel du zazen. Le zazen dont je parle n’est pas l’apprentissage de la méditation, il n’est rien d’autre que le Dharma de paix et de bonheur, la pratique-réalisation d’un éveil parfait. Zazen est la manifestation de l’ultime réalité. Les pièges et les filets ne peuvent jamais l’atteindre. Une fois que vous avez saisi son cœur, vous êtes semblable au dragon quand il arrive à l’eau et semblable au tigre quand il pénètre dans la montagne. Car il faut savoir qu’à ce moment précis (quand on pratique zazen) le vrai Dharma se manifeste et que dès le début on écarte le relâchement physique et mental et la distraction. Quand vous vous relevez, remuez doucement et sans hâte, calmement et délibérément. Ne vous relevez pas subitement ou brusquement. Quand on jette un regard sur le passé, on s’aperçoit que la transcendance à la fois de l’illumination et de la non-illumination, que mourir assis ou debout, a toujours dépendu de la vigueur du zazen. En outre, l’ouverture à l’illumination dans l’occasion fournie par un doigt, une bannière, une aiguille, un maillet, l’accomplissement de la réalisation grâce à un chasse-mouches, un poing, un bâton, un cri, tout cela ne peut être saisi entièrement par la pensée dualiste de l’homme. En vérité, cela ne peut pas davantage être mieux connu par l’exercice de pouvoirs surnaturels. Cela est au-delà de ce que l’homme entend et voit, n’est-ce pas un principe antérieur aux connaissances et aux perceptions ? Cela dit, il importe peu qu’on soit intelligent ou non. Il n’y a pas de différence entre le sot et l’avisé. Quand on concentre son effort d’un seul esprit, cela en soi, c’est négocier la Voie. La pratique-réalisation est pure par nature. Avancer est une affaire de quotidienneté. Dans l’ensemble, ce monde et les autres, à la fois en Inde et en Chine, respectent le sceau du Bouddha. Bien que chaque école ait son style d’enseignement, elles se consacrent toutes à zazen dans une posture résolument stable. Bien que l’on dise qu’il y a autant d’esprits que d’hommes, en pratiquant zazen, tous négocient la Voie de la même manière. Pourquoi abandonner le siège qui vous est réservé à la maison pour errer sur les terres poussiéreuses d’autres royaumes ? Un seul faux pas, et vous vous écartez de la voie tracée toute droite devant vous.

Vous avez eu la chance unique de prendre forme humaine. Ne perdez pas votre temps. Vous apportez votre contribution à l’œuvre essentielle de la Voie du Bouddha. Qui prendrait un plaisir vain à la flamme jaillie du silex ? Forme et substance sont comme la rosée sur l’herbe, la destinée semblable à un éclair évanouie en un instant. Je vous prie, honorés disciples du zen, depuis longtemps habitués à tâter l’éléphant dans l’obscurité, ne doutez pas du vrai dragon. Consacrez vos énergies à la Voie qui indique l’absolu sans détour. Respectez l’homme réalisé, qui se situe au-delà des activités volontaristes ; mettez-vous en harmonie avec l’illumination des Bouddhas ; succédez au samadhi des Patriarches. Conduisez-vous toujours ainsi, et vous serez comme ils sont. Votre chambre au trésor s’ouvrira d’elle-même, et vous en userez comme bon vous semblera.