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Cuisine et zen

Citations de maîtres zen

dimanche 23 avril 2006, par Christiane

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Les maîtres zen s’intéressent à tous les aspects de la vie : maître Dõgen a, par exemple, écrit sur tous les actes de la vie quotidienne, manger, dormir, se laver, aller aux toilettes... et pour cause : la vie quotidienne elle-même est la pratique de la Voie.
Cette rubrique propose quelques citations de maîtres zen contemporains en relation avec la pratique quotidienne et la préparation des repas.

L’esprit de tous les jours est la Voie

(extrait de l’enseignement de Roland Yuno RECH lors de la sesshin de Mulhouse, en juin 2002)

Joshu, lorsqu’il était jeune, avait demandé à maître Nansen : « Qu’est-ce que la Voie ? », c’est-à-dire la voie de Bouddha, la voie de l’éveil. Nansen lui avait répondu : « L’esprit de tous les jours est la Voie. »

Eijo shin kore do : ce koan est écrit un peu partout dans le grand monastère de Soji-Ji. L’esprit de la vie quotidienne, l’esprit de tous les jours est la Voie. Ça veut dire que ce n’est pas quelque chose de spécial. Mais dès que l’on se met à penser à eijo shin - l’esprit quotidien - avec notre mental ordinaire on en fait immédiatement quelque chose de spécial à quoi on s’attache.

Alors comme Joshu ne pouvait pas comprendre cette réponse, il demanda de nouveau : « Si l’esprit quotidien est la voie de Bouddha, comment puis-je la connaître ? Quel genre de pratique dois-je entreprendre afin de comprendre l’esprit quotidien ? » En posant cette question immédiatement on devient séparé de l’esprit quotidien et de la Voie. Ainsi, Nansen lui répondit : « Si tu la recherches, tu ne peux qu’aller dans la mauvaise direction ».

Souvent les gens ont envie de saisir la Voie comme quelque chose de spécial : « moi je pratique le zen », « je fais du zen », « je suis différent des autres », « je suis la Voie ».
C’est seulement l’ego qui veut attraper quelque chose. Seulement, en pratiquant ainsi on ne peut que jeter de l’huile sur le feu que l’on veut éteindre.

C’est pourquoi Nansen lui répondit : « La Voie n’est pas une question de savoir ou de ne pas savoir. Savoir est illusion, ne pas savoir est indifférence. »
Alors comment faire ?

C’est exactement comme en zazen : ni penser, ni ne pas penser, ne s’attacher ni à l’un ni à l’autre. Aller au-delà dans la pratique elle-même. C’est seulement zazen qui peut résoudre ce koan là.
Avec notre mental ordinaire on reste prisonnier de nos catégories. L’ego ne peut pas abandonner l’ego. L’ego ne peut pas réaliser le véritable Soi.

La responsabilité du tenzo

(Extrait de l’enseignement d’Etienne Zeisler en juillet 1986 sur le Tenzo Kyõkun - « Instructions au cuisinier zen » - de maître Dõgen )

L’enseignement de Dõgen n’est ni un livre de cuisine ni un traité de morale ou de philosophie. Tous les matins, tous les midis, nous chantons le soutra des repas. [...] Comment utiliser sa vie ? Si vous ne mangez pas, sûrement vous mourrez. Si vous mangez, vous pourrez continuer à vivre.
Comment utiliser cette vie qui continue ?

Dõgen dit : « Vous devez pratiquer zazen comme pour éteindre un feu qui brûlerait sur votre tête ». C’est pourquoi il dit dans le Tenzo Kyõkun : « La fonction de tenzo est de préparer les repas pour les moines, pour ceux qui veulent suivre la Voie, le système cosmique ».

Le tenzo n’est pas seulement un cuisinier. Ceux qui mangent ne sont pas seulement des animaux. Le travail du tenzo est le véritable dharma, en termes de vie, d’action et de qualité. Aussi, tous les bouddhas, les patriarches, comme Issan, Tozan, ont occupé la fonction de tenzo. [...]

Dõgen dit : « Jour et nuit, le tenzo doit se consacrer aux repas sans perdre un moment. S’il peut déployer toute son énergie, malgré les difficultés, alors, quoi qu’on fasse, il exprimera naturellement le dharma. La responsabilité du tenzo, c’est que la sangha puisse pratiquer la Voie de la façon la plus stable ».

Le sens de la cérémonie des repas

(Extraits de l’enseignement de Michel Bovay sur le soutra des repas, en juillet 1995)

Dans le soutra des repas, on chante :

« Premièrement nous devons réfléchir à la manière dont cette nourriture nous est parvenue. Notre reconnaissance s’adresse à tout ce qui y a contribué.

Deuxièmement, en recevant ce don, nous devons vérifier si nos vertus et notre pratique le méritent. »

Lorsqu’on mange, lorsqu’on reçoit de la nourriture, on doit se poser la question : d’où vient cette nourriture ?
Comment cette nourriture est-elle arrivée à nous ?

On la reçoit comme un fuse. Elle est le résultat de beaucoup d’éléments, de la terre, de l’eau, du soleil, de l’air et de travail de l’homme au potager, à la cuisine, au service,, etc.[...] On doit être reconnaissant envers tous ceux qui ont préparé cette nourriture, ainsi que pour tout le cosmos. Certains considèrent comme une évidence que la nourriture arrive toujours sur leur table. Ils ne penent jamais comment cette nourriture est arrivée à eux. .[...]

Nous recevons donc la nourriture comme un don. En recevant cette nourriture, nous devons réfléchir si nos vertus et notre pratique sont suffisamment bonnes pour la mériter...

« Troisièmement, nous devons revenir à la condition normale de l’esprit et être libres de tous les attachements.

Quatrièmement, nous devons être libres de l’avidité et manger cette nourriture pour la santé de notre corps.

Cinquièmement, nous prenons cette nourriture pour nous perfectionner sur la Voie ».

Nous prenons cette nourriture pour libérer notre esprit des attachements, de la colère, de l’avidité et pour revenir à la condition normale. Et aussi, pour nourrir notre corps, pour améliorer notre équilibre intérieur, pour être en bonne santé et avoir de l’énergie. A la fin : pour faire quoi ? Que faisons-nous avec cette énergie ? Nous prenons cette nourriture pour nous perfectionner et pour avancer sur la Voie. Si on n’avance pas sur la Voie, alors, à quoi bon manger ?

Maître Kodo Sawaki disait :

« La plupart des gens ne savent pas pourquoi ils mangent. Ils mangent seulement pour satisfaire leurs désirs, seulement pour eux-mêmes. C’est faire la même chose que les chiens, les oiseaux et les asticots. Pour moi, c’est très clair : je mange pour pratiquer zazen ».

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