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Gyobutsu Ji N° 8 (2/2)

mardi 19 septembre 2006, par Pascal-Olivier

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Q : Est-ce possible dans certaines circonstances où la vie de l’autre ou la mienne dépend de notre action ?

R.Y.R : Tu évoques un cas extrême. En réalité, tu ne t’es jamais trouvé dans la situation d’être tué ou de tuer quelqu’un. Il y a la manière de désarmer, d’éviter le pire. Le policier qui tue n’est pas un bon policier. Il règle un problème mais il en crée un autre. La violence nécessite parfois une réaction extrêmement ferme mais, tu as fait des arts martiaux, je suppose et dans les arts martiaux, il y a une manière de répliquer à la violence en utilisant l’énergie de l’autre et en ne devenant pas soi-même agressif. D’une manière générale, tu pourrais te dire que si les gens qui pratiquent le zen deviennent de plus en plus violents, de plus en plus mauvais alors il n’y a plus d’espoir mais ce n’est pas le cas ! Le mal a toujours existé, même du temps de Bouddha. Il s’est efforcé d’agir comme médiateur, il a enseigné la non-violence. C’est parce que cela existe que son enseignement est pertinent. S’il n’y avait pas de mal, il n’y aurait pas besoin d’enseignement. Si on n’était pas dans l’illusion, il n’y aurait pas besoin de s’éveiller. Le mot « éveil » n’aurait pas de sens.

Jeudi 1er avril 2004 : Pratique et réalisation sont indissociables.

Le matin lorsque l’on vient pratiquer zazen, c’est une manière de commencer la journée à partir de l’essentiel. Le temps consacré à venir au dojo et à pratiquer zazen est notre façon de ne pas passer notre temps en vain.

Beaucoup de gens sont très occupés dans la vie, ils n’ont pas assez de temps. Même s’ils pensent qu’il y a des choses essentielles, ils les remettent à plus tard : « Quand j’aurai le temps, je ferai ceci ou cela, je ferai zazen. » Ne pas passer son temps en vain, cela ne signifie pas nécessairement d’être très occupé à faire beaucoup de choses mais de vivre pleinement l’instant présent qui ne reviendra pas. C’est de pratiquer et de vivre chaque chose au-delà de tout objet en étant totalement un avec ce que l’on fait, totalement un avec la posture assise, avec la respiration, avec le sanpai, avec le chant des sûtras, la guen mai, l’action de marcher, de travailler, d’aimer, de se reposer.

Hier soir, j’ai cité le mondo entre Nangaku et Baso. Baso pratiquait zazen pour obtenir l’éveil, le satori. Nangaku prit une tuile et se mit à la polir. Baso, déconcerté, demande : « Pourquoi polissez-vous cette tuile ? » Nangaku : « Je vais en faire un miroir. » Baso : « Ce n’est pas possible. On ne peut pas faire un miroir en polissant une tuile. » Et Nangaku de lui demander : « Comment peut-on devenir Bouddha en pratiquant zazen ? »

Certains, peut-être, ont pensé que Nangaku indiquait que la pratique de zazen était inutile et en effet, on peut dire qu’elle est totalement inutile car elle ne sert pas à obtenir l’éveil. Elle est directement la pratique de l’éveil. Mais, Nangaku ne l’a pas expliqué ainsi et Baso a été déconcerté et a demandé : « Alors, comment pratiquer ? » Et Nangaku de lui répondre : « Lorsque tu es sur un char à bœufs et que le char n’avance pas, frappes-tu le bœuf ou la charrette ? »

Suivant le sens commun, on va évidemment frapper le bœuf mais certaines personnes pensent que le zen, c’est de frapper la charrette.

C’est-à-dire de faire quelque chose de paradoxal. En fait, se poser la question est erroné car le bœuf et la charrette sont indissociables, un peu comme la pratique et la réalisation. Il n’y a pas à s’attacher à la pratique pour obtenir la réalisation. Il n’y a pas non plus à s’attacher à la réalisation pour se dire que la pratique est inutile, pensant que l’on est bouddha de façon innée. Mais il y a totale unité entre pratique et réalisation, à condition de pratiquer avec un esprit au-delà de tout objet, de polir la tuile sans penser au miroir. A ce moment, l’action de polir devient immédiatement le miroir.

Sekitõ et le chant de la hutte de paille

Vendredi 2 avril 2004 - soir : L’esprit sans entrave.

Pendant zazen, nous sommes tournés face au mur avec le regard posé juste devant nous sur le sol. On se concentre sur la posture, sur la respiration et on laisse passer les pensées sans s’y attacher, sans les détester ni les rejeter.
Etre assis face au mur nous rappelle le non-objet de notre pratique. Même si on est concentré sur la posture, la posture de zazen n’est pas un objet pour notre pratique. Cela veut dire que nous sommes totalement intimes avec la posture sans séparation, nous sommes simplement assis, corps et esprit un avec la posture. Même si cette posture est décrite avec minutie et si au début du zazen on se concentre sur les points importants de la posture, ces points ne sont pas l’objet de notre pratique. De même pour la respiration, bien que la respiration constitue un support précieux pour la concentration, la respiration n’est pas un objet de concentration. On devient simplement un corps et un esprit assis en unité avec la respiration.

Dans cette intimité avec la posture assise, il n’y a pas d’autre objet que d’être pleinement assis. Alors l’esprit peut devenir totalement libre. Le non-objet signifie l’abandon de toute avidité et de toute haine à l’égard de quoi que ce soit. On ne cherche pas à saisir les pensées, à conserver un état d’esprit spécial ou bien à atteindre le satori. On ne déteste ni ne rejette les illusions qui apparaissent. On ne juge pas les pensées, bonnes ou mauvaises, on ne les rejette pas, on ne les haït pas, on en perçoit immédiatement, intuitivement, la non-substance. Ainsi on peut entrer directement dans un état de grande sérénité.

Lorsque l’on interrogeait Bouddha sur le nirvãna, l’état de paix et d’extinction de toutes souffrances, il disait : « C’est la disparition de l’avidité, de la haine et de l’ignorance. »

C’est exactement ce qu’il est possible de réaliser en zazen, ici et maintenant. Pour cela il ne faut pas que le zazen devienne à son tour un objet d’attachement, que les illusions ne deviennent un objet d’hostilité, de rejet. Il faut alors réaliser un esprit vaste, large, panoramique, englobant toutes choses.

Maître Sekitõ exprimait cette réalisation dans un poème qui s’appelle « Le chant de la hutte de paille ». Il disait : « J’ai construit un ermitage en paille où il n’y a rien de valeur. Après manger, je me détends et fais un somme. Lorsque la hutte fut achevée, l’herbe folle apparut. Maintenant elle s’y est installée et recouvre tout. »

La construction de l’ermitage de paille, c’est comme la pratique de zazen : il n’y a dedans rien de valeur, rien à saisir, rien à rejeter, rien à quoi s’attacher.

Aussi toute peur de perte de quoi que ce soit est abandonnée. Toute avidité de vouloir garder quoi que ce soit est également abandonnée. Et l’esprit qui discrimine la valeur également. Alors on peut retrouver un état d’esprit tout à fait simple et naturel, se reposer après manger, vivre pleinement dans l’ermitage, paisiblement, comme le disait Sekitõ : sans entrave intérieure. L’esprit sans entrave, c’est l’esprit qui s’harmonise avec la vacuité, qui donc ne cherche pas à saisir quoi que ce soit, qui devient comme l’eau qui dévale de la montagne, ne se laissant arrêter par rien. Cet esprit sans entrave est également sans peur, c’est l’esprit du bodhisattva.

Samedi 3 avril 2004 : Le Maître originel.

Pendant zazen, contentez-vous d’être simplement pleinement assis, totalement un avec la posture assise et laissez tomber toutes préoccupations autres que d’être véritablement en unité avec l’assise.

Etirez bien tout le corps entre ciel et terre, relâchez les épaules, détendez le ventre, inspirez et expirez calmement et profondément. Cette façon de pratiquer n’est pas une technique pour atteindre un état d’esprit spécial. C’est juste revenir à l’unité avec notre vie de chaque instant.

Lorsque l’on est ainsi, pleinement concentré dans la posture assise, il n’y a rien à rajouter, rien en trop, rien à atteindre, rien à obtenir. Il n’y a pas besoin d’ajouter quoi que ce soit à cette unité retrouvée avec la vie de chaque instant. Rien en trop non plus à éliminer. Même si des pensées surgissent, on les laisse passer. Si un désir apparaît, on en prend conscience un instant et on laisse passer. On revient à l’attitude fondamentale d’être véritablement assis, simplement assis.

Dans le chant de la hutte de paille, Maître Sekitõ évoque cette manière d’être : « Bien que la hutte soit petite, elle contient l’univers entier. Sur six pieds carrés, un vieil homme illumine les formes et leur essence. »

L’espace du dojo est petit. Notre corps également mais dans un corps et un esprit assis en zazen, l’essence de l’univers entier est incluse. Ce n’est pas une question de quantité, de vouloir obtenir beaucoup de chose, d’accumuler beaucoup d’expérience mais de devenir intime avec l’essence de notre vie qui n’est pas différente de l’essence de tout l’univers, à la fois absolue, unique, tellement manifestée ici et maintenant et en même temps complètement reliée, interdépendante, en unité avec toutes les autres existences.

Sekitõ ajoute : « Un bodhisattva du grand véhicule a une foi absolue. Les hommes du commun ne peuvent s’empêcher de douter Cette hutte périra-t-elle ou pas ? Mais périssable ou non, le maître originel est présent. Il ne réside ni au nord ni au sud ni à l’est ni à l’ouest. Enraciné dans la persévérance, cela ne peut être surpassé. »

La foi absolue du bodhisattva du grand véhicule n’est pas une croyance qui résulte d’une construction mentale ou l’adhésion à une révélation imposée par l’autorité de quelqu’un d’autre mais c’est la foi qui résulte de cette expérience et ce qui fait l’essence de notre vie en zazen.

Les gens ordinaires ne peuvent s’empêcher de douter, non seulement si cette hutte périra ou pas mais si ce corps lui-même et cet esprit sont mortels ou immortels.

En zazen, tous ces doutes disparaissent car on expérimente une manière d’être qui inclut tous les temps et qui est au-delà de toute séparation entre passé, présent et futur et entre soi et les autres.

Le maître originel dont parle Sekitõ n’est pas une personne physique mais notre véritable esprit. Non seulement il est présent mais il est toujours présent et toujours ici. Si on l’a contacté, on ne peut que persévérer dans la pratique pour continuer à actualiser cela, naturellement.

Lundi 5 avril 2004 : Qui nous enchaîne ?

Lorsque l’on vient faire zazen au dojo le soir après une journée d’activité, en se concentrant sur la posture et la respiration et en laissant passer toutes les pensées, on peut laisser toutes choses revenir au calme. Toute l’agitation de la journée s’apaise, sans que l’on ait besoin de faire un effort particulier.

En zazen, on ne fait rien de spécial. On n’essaye pas d’arrêter ses pensées. On n’essaye pas non plus de penser à quelque chose de particulier. En ce sens, ce n’est pas une méditation dans laquelle l’esprit s’emparerait d’un kõan, d’un enseignement, pour tenter d’approfondir, de mieux comprendre. On se contente simplement de laisser toutes choses revenir à leur origine. Pour cela, le point essentiel n’est évidemment pas de supprimer la pensée ou les autres phénomènes mentaux qui surgissent mais de ne pas s’y opposer et surtout de ne pas s’y attacher, de ne pas s’en emparer, de ne pas les ruminer.

Donc l’attitude en zazen est d’éclairer rapidement, instantanément, ce qui surgit, en prendre conscience et laisser passer. Ce laisser passer doit intervenir rapidement.

Ainsi on réalise l’esprit qui ne demeure sur rien, qui donc est libre, fluide. Il ne demeure pas même sur une tentative de compréhension. En zazen, on ne cherche pas à comprendre quelque chose de spécial. On ne cherche même pas à se comprendre soi-même. On se contente simplement de voir ce qui est, tel que c’est.

C’est ce qu’exprimait Maître Sekitõ dans son « Chant de la hutte de paille », So An Ka, dans lequel il dit : « Rester assis la tête couverte. Toutes choses sont en repos. Ainsi ce moine des montagnes ne comprend plus rien du tout. » Ce « moine des montagnes », c’est ainsi qu’il se désignait lui-même.

Bien qu’il fût un être profondément éveillé, (il avait une grande connaissance de l’enseignement du Bouddha), lorsqu’il pratiquait zazen, il ne comprenait plus rien du tout, car zazen est au-delà même de la compréhension. C’est devenir totalement intime avec notre vie de chaque instant, sans dualité, sans s’en éloigner pour l’analyser et la comprendre. D’ailleurs, Sekitõ ajoute : « Il vit là où il est et ne fait plus d’effort pour se libérer. » Donc, là où il est, c’est bien ! _ Pas besoin de désirer ardemment aller ailleurs.

Bien que la pratique de la Voie soit considérée par la plupart des gens comme un effort pour se libérer de ses attachements, pour Maître Sekitõ, il n’était plus du tout question de s’efforcer de se libérer.

Et c’est ainsi que la véritable libération se réalise, au-delà même de l’idée ou de l’intention de se libérer de quoi que ce soit. Car qui nous enchaîne ?

Il nous conseille simplement : « Dirigez votre lumière vers l’intérieur et faites demi-tour. La source infinie et inconcevable ne peut être affrontée ni évitée. »

On ne peut pas l’éviter car elle est toujours là.
On ne peut pas l’affronter car nous sommes cette source elle-même. _ Elle n’est pas séparée de nous. Il s’agit donc simplement de faire demi-tour, de détourner notre attention des objets du monde extérieur qui nous entoure et ainsi, face au mur, de tourner notre attention vers nous-même, d’observer notre corps, la posture de zazen, la respiration, et devenir intime avec notre véritable esprit. C’est-à-dire cet esprit qui ne stagne sur rien, qui ne s’identifie à rien, qui ne saisit rien et que l’on ne peut pas saisir.

Mardi 6 avril 2004 : Ne vous échappez pas de ce sac de peau.

Parfois le matin pendant la cérémonie, nous chantons le sûtra des patriarches de notre lignée Sõtõ, en récitant leurs noms depuis même les bouddhas antérieurs à Bouddha Shakyamuni. Il ne s’agit pas seulement de leur rendre hommage mais en fait, à travers notre pratique de zazen, de rencontrer leur enseignement, de réaliser la même expérience qu’eux. Ainsi nous pouvons communier avec tous les maîtres de notre lignée, pas seulement en étudiant leur enseignement mais en pratiquant dans le même état d’esprit avec la même réalisation.

A la fin de son poème sur le Chant de la hutte de paille, Maître Sekitõ nous recommande de laisser passer les siècles et de se détendre complètement. Essayer de pratiquer zazen en étant complètement concentré ici et maintenant au-delà du temps qui passe et en étant totalement détendu, c’est ne tendre vers aucun objet, totalement centré ici et maintenant, inspirant et expirant calmement.

Il ajoute : « Ouvrez vos mains et marchez innocemment. » Ouvrir les mains, c’est comme dans la position des mains en zazen, c’est renoncer à saisir quoi que ce soit. Marcher innocemment, tout comme être assis innocemment, c’est être sans arrière pensée, sans intention, simplement accueillir ce qui se présente tel que c’est. Ce qui se présente, c’est-à-dire tous les phénomènes que nous rencontrons : nos propres pensées, nos émotions, les phénomènes du monde qui nous entoure, sont autant d’occasions de se libérer de ses entraves, de voir se manifester éventuellement nos attachements et de lâcher prise aussi rapidement qu’il est possible.

Ainsi, il n’y a pas d’obstacle dans notre vie mais seulement des occasions de pratiquer la Voie.

Sekitõ disait : « Des milliers de mondes et l’infinité des concepts n’existent seulement que pour vous libérer de vos entraves. » Nous devons aborder ces milliers de mondes et tous ces concepts comme des occasions de nous libérer de nos entraves et également d’aider les autres à en faire autant.

Ces milliers de mondes n’ont pas été créés dans ce but mais si nous pratiquons la Voie, alors ils deviennent cela. Sekitõ concluait : « Si vous voulez rencontrer l’immortel sous la hutte (c’est-à-dire votre véritable nature, ce qui en vous n’a ni naissance ni mort), alors ici et maintenant ne vous échappez pas de ce sac de peau, ne vous échappez pas de ce corps assis en zazen ».

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Mercredi 7 avril 2004 - soir : Rentrer chez soi et s’asseoir en paix

Pendant zazen ramenez constamment votre attention à la posture de votre corps. On inspire et on expire profondément de façon continue, sans faire de rétention du souffle. On s’efforce surtout d’aller jusqu’au bout de chaque expiration. Une fois que le rythme de la respiration profonde est établi, alors on laisse simplement se faire la respiration de même qu’on laisse apparaître et disparaître les pensées, sans s’y attacher, sans chercher non plus à les éliminer. Simplement on ne s’en empare pas, on ne les rumine pas. Ainsi rapidement, l’esprit retrouve son calme, l’agitation de la journée s’apaise.

Zazen permet à l’esprit de se clarifier, de devenir plus lumineux, tout à fait comme l’eau d’un lac lorsque le vent a cessé de souffler et d’agiter la surface de vagues. On s’apaise et l’esprit devient transparent. On peut discerner clairement ce qui surgit, d’instant en instant, en prendre conscience et laisser passer. En prendre conscience, ce n’est pas simplement remarquer qu’il y a telle ou telle pensée, tel ou tel désir ou émotion mais c’est de voir intuitivement, rapidement, la nature de ce qui apparaît. C’est voir que nos pensées, bien qu’existant réellement, n’ont pas de substance fixe, sont comme des nuages dans le ciel, comme la condensation d’une vapeur d’eau qui peut disparaître rapidement dés que le vent souffle. Dés que l’on se concentre sur l’expiration, rapidement les pensées retournent à leur origine, à la vacuité, ku en japonais, c’est-à-dire le vaste ciel.

Ainsi tous les obstacles et les complications de l’esprit disparaissent et on peut rester assis tout à fait à l’aise.

Bien que l’on soit concentré sur la posture du corps, on n’est pas particulièrement attaché à ce corps. Bien que l’on observe les mouvements de l’esprit, on n’est pas non plus attaché à l’esprit. Le corps et l’esprit sont abandonnés à zazen et deviennent simplement la pratique de zazen elle-même.

Cette façon de pratiquer n’est pas limitée au zazen, assis sur un zafu dans le dojo. En marchant en kin hin, en pratiquant les prosternations, le sanpai mais aussi dans les activités de la vie quotidienne, en travaillant, en marchant, en mangeant et en se reposant, le corps et l’esprit sont totalement un avec ce que l’on fait, avec l’activité du moment et sont complètement abandonnés à cette activité elle-même. Ainsi, on peut véritablement pénétrer la réalité de chaque instant, ne plus créer de séparation entre les activités ordinaires et les activités sacrées ou saintes, entre ce que l’on appelle parfois la pratique de la foi et la vie quotidienne.

C’est une occasion de devenir totalement un avec la vie de chaque instant, un avec les autres, l’environnement et s’oublier soi-même dans ce que l’on fait, oublier l’ego limité qui a tendance à s’attacher, à être avide, inquiet, à vouloir toujours faire une chose en vue d’autre chose.

Dans la pratique de zazen, tout cela est abandonné. C’est pourquoi on a parfois l’impression qu’en zazen, c’est comme de rentrer chez soi et de s’asseoir en paix, être enfin parvenu à destination, d’être réconcilié avec sa propre vie de chaque instant.

Jeudi 8 avril 2004 : L’esprit ordinaire est la réalisation de la Voie En zazen, on est très concentré sur la posture du corps mais en même temps, on n’est pas attaché au corps. On est simplement ce corps assis en zazen.
Le corps n’est pas un objet d’attachement.
De même, on laisse l’esprit fonctionner naturellement, les pensées apparaissent et disparaissent. A la fois, l’esprit est concentré sur la posture, vigilant, attentif à la respiration, observant les pensées qui surgissent et les laissant passer.
Mais en même temps, on n’est pas attaché à l’esprit. On ne juge pas les pensées ou les états d’esprit que l’on a. On ne cherche pas à obtenir un état d’esprit spécial. On abandonne tout jugement.

De même que l’on ne s’attache pas aux sensations du corps, on ne juge pas du bien ou du mal des pensées qui surgissent. On ne se dit pas : J’ai un mauvais état d’esprit ou bien maintenant un esprit hishiryõ.

On ne regrette pas les pensées qui apparaissent, on ne s’attache pas à la vacuité. Toute pensée dualiste en termes de bien, de mal, de bon ou de mauvais, est abandonnée. Cet abandon de la pensée qui juge du bien et du mal est possible parce que le corps et l’esprit sont abandonnés à zazen. Aucun mal ne peut provenir d’un corps et d’un esprit totalement détachés mais, au contraire, tout le bien, l’actualisation des préceptes peut s’exprimer, se réaliser à partir d’un corps et d’un esprit dépouillés de tout attachement donc de tout égoïsme.

Aussi, pratiquer zazen, c’est la pratique qui rend inutiles les préceptes car ils sont naturellement accomplis dans la pratique elle-même. C’est pourquoi on dit parfois que le zen est au-delà du bien et du mal. Au-delà veut dire qu’aucun mal ne peut être commis et tout le bien est réalisé naturellement, donc au-delà de tout jugement. Quand cela se réalise, on ne pense pas même avoir réalisé quelque chose de spécial. On n’oppose pas l’esprit de zazen et l’esprit ordinaire, la sagesse, la sainteté d’un côté, l’esprit ordinaire de l’autre.

L’esprit ordinaire quotidien est lui-même la réalisation de la Voie. C’est un esprit dans lequel plus aucune séparation ni opposition ne se manifestent.

Vendredi 9 avril 2004 - matin : L’esprit quotidien est la Voie

Dans la vie quotidienne, la plupart des personnes sont obnubilées par la poursuite de l’objet de leur désir, la satisfaction de leurs besoins et particulièrement dans le monde dans lequel on vit où l’ambiance est très matérialiste. Alors, on commence à rechercher la Voie et on vient au dojo faire zazen. On pense alors avoir une activité tout à fait différente de la vie quotidienne et que cette pratique est une pratique spirituelle, sainte et que le temps du zazen est sacré.

En pensant ainsi, on introduit une opposition tout à fait dualiste entre la vie ordinaire et la pratique de la méditation, la pratique de la Voie qui serait tout autre.
Alors on s’attend souvent à des expériences extraordinaires et si on constate que pendant zazen finalement les pensées sont des pensées de la vie quotidienne, on est parfois déçu et on pense que zazen n’est pas tellement spirituel !

C’est pour cela que Maître Nansen enseignait que l’esprit ordinaire, l’esprit quotidien, c’est la Voie, afin d’éviter que les disciples n’introduisent une nouvelle illusion, un nouvel attachement, un esprit spécial opposé à l’esprit quotidien ordinaire.
Pratiquer zazen en abandonnant tout attachement, toute pensée à un monde sacré opposé à un monde profane, un esprit de bouddha opposé à un esprit humain, un satori opposé à une illusion, donc pratiquer zazen en abandonnant cette position dualiste, c’est véritablement réaliser la Voie de la non dualité, de la non séparation. C’est abandonner l’avidité spirituelle à la recherche d’expériences spéciales qui ne font que nourrir l’ego au lieu de permettre de l’abandonner.

En zazen, ce n’est pas à quoi on pense qui importe mais notre capacité de ne stagner sur aucune pensée, de ne pas s’y attacher ni en cherchant à la retenir, ni en cherchant à l’éliminer. Ainsi, toute séparation entre soi et Bouddha ou soi et ce que l’on appelle la nature divine, Dieu, peut être réellement surmontée, abandonnée. Cette pratique peut ainsi se poursuivre tout au long de la vie quotidienne, justement parce qu’elle n’est rien de spécial.

Evidemment, se dire que l’esprit ordinaire est la Voie et continuer à vivre dirigé par son égoïsme, son esprit ordinaire, serait aussi une illusion.

L’esprit ordinaire est la Voie lorsqu’on l’abandonne, de même l’esprit de zazen est la Voie lorsque l’on ne s’y attache pas.

Samedi 17 avril 2004 : S’asseoir en paix

Pendant zazen, détendez-vous bien. Si vous avez tendance à somnoler, placez votre attention entre les sourcils. Si votre esprit est distrait ou dispersé, placez votre attention sur le point de contact des mains avec le bas-ventre. En général, on place son attention sur le contact des pouces horizontaux. Lorsque l’on concentre ainsi son attention sur un point de la posture, l’esprit cesse de se disperser dans toutes sortes de directions. Les pensées s’apaisent et surtout on ne s’y attache pas, on ne les entretient pas.

On abandonne toute attitude de jugement, de discrimination. On ne pense plus : « Ceci est bien, cela est mal »
- « J’aime ceci, je n’aime pas cela. »

L’esprit en zazen suspend tout jugement et ainsi il devient vaste, englobe toutes choses, tous les pôles de nos dualités. Il cesse de créer des séparations.

Depuis notre naissance nous n’avons cessé de nous attacher à une certaine idée de nous-même, de ce que l’on aime, de ce que l’on n’aime pas, de ce que l’on croit juste ou faux.

Toute cette masse d’attachements obscurcit notre esprit. On voit la réalité à travers le filtre de notre propre ego, à travers ce qui obscurcit en réalité notre vision.
On croit se connaître soi-même lorsque l’on connaît ses préférences et ses aversions mais on ne fait que connaître ce qui est déjà mort, ce qui est du passé, ce qui est figé. L’existence vivante, neuve à chaque instant est ignorée, méconnue. Alors, on vit comme un étranger à l’extérieur de son véritable soi, on n’est pas en contact avec notre réalité concrète de chaque instant.

Pratiquer zazen nous permet de retrouver ce contact immédiat avec notre réalité par-delà nos illusions, de cesser d’errer dans toutes sortes de directions et nous permet de nous retrouver pleinement présent et centré, en unité avec la pratique, avec l’action en cours, avec les personnes qui nous entourent, que nous rencontrons.

Ainsi, nous pouvons confirmer par notre propre expérience l’enseignement du Bouddha dans lequel il dit que : Penser, c’est comme rester devant la porte, tandis que s’asseoir en zazen, c’est rentrer à la maison et s’asseoir en paix. S’asseoir en paix, cela veut dire laisser tomber les opinions et l’esprit d’attachement. Lorsqu’on laisse effectivement tomber ses attachements, on peut être partout à l’aise comme chez soi, intime avec la réalité de chaque instant.

Mondo du samedi 17 avril 2004 : L’ego est dévoreur d’énergie

Q : J’ai lu le dernier article dans la Voie du Dojo sur le thème « L’énergie et la patience ». Le bodhisattva utilise son énergie pour aider les autres, les mettre sur la bonne voie. D’après cet article, il ne possède pas seulement sa propre énergie, il peut aussi se relier à l’énergie cosmique mais si on utilise son énergie pour les autres, on risque aussi de tomber sur des personnes qui abusent et pompent notre énergie. Comment le bodhisattva peut-il se protéger ?

R.Y.R : Pour aider les autres, il faut de la sagesse et pas seulement de l’énergie. L’aide apportée aux autres ne consiste pas à se laisser exploiter par les autres.

Il faut la sagesse de donner ce que l’on peut donner et ne pas vouloir donner plus si on n’y arrive pas, si on doit s’épuiser.
D’autre part, donner c’est plutôt donner aux autres le moyen de devenir autonomes et non pas dépendants de ce que l’on donne. Par exemple, dans une famille, chaque membre et pas seulement la mère ou la femme du foyer mais tous les êtres de la famille doivent participer au fonctionnement de la famille dans le but que chaque membre de la famille et en particulier les enfants puissent devenir autonome et non pas dépendants. Le bodhisattva apprend aux autres aussi à donner et il n’apprend pas autres simplement à être des consommateurs, des récepteurs d’une aide comme justement une mère qui donnerait toujours son énergie, son lait, son amour.

Q : Oui, mais cela c’est la théorie ! R.Y.R : Mais non, c’est à mettre en pratique. Je trouverais tout à fait normal qu’une femme au foyer se croise les bras et dise : « Aujourd’hui, je ne fais rien. Faites le repas vous-mêmes, faites le ménage. Il n’y a pas de raison que ce soit tout le temps moi... »

Cela donnerait l’occasion aux gens d’être responsables et pas seulement d’être des consommateurs qui abusent de la bonne volonté ou de la disponibilité ou de l’énergie de quelqu’un.
Le bodhisattva est un éducateur. L’aide du bodhisattva, c’est aider les gens à se transformer, à se libérer de leur égoïsme, à devenir autonomes et non pas à devenir dépendants de l’aide et des assistés.

Ceci est vrai à tous les niveaux. Maître Deshimaru insistait toujours sur le fait que pour aider, il faut de la sagesse. Sinon, on peut aider d’une façon idiote qui vous épuise et qui n’aide pas vraiment l’autre, qui ne l’aide pas à s’émanciper. Et dans cette aide, il ne faut pas tomber dans la faiblesse. Il faut pouvoir être ferme, énergique, même sévère s’il le faut. C’est pour cela que dans le zen, il y a l’usage du kyosaku. C’est symbolique mais le kyosaku, c’est la main du Bouddha.

C’est à la fois la compassion et la fermeté.

Q : Oui mais c’est un équilibre très difficile à garder.

R.Y.R : Mais pourquoi c’est difficile ? Parce que l’on a peur de perdre l’amour de l’autre, voilà ! Mais si tu n’es pas attachée, si tu n’as pas peur de perdre quoi que ce soit, tu peux être beaucoup plus ferme dans ta position. Evidemment, si tu as peur de perdre la reconnaissance ou l’amour de l’autre, alors tu vas constamment être dépendante et exploitée. Et tu fais jouer un très mauvais rôle à l’autre pour qui c’est un mauvais karma.

Cela ne l’émancipe pas du tout. Cela ne le rendra pas heureux. Dans une telle attitude de don, il n’y a aucune véritable aide profonde. Il y a juste une espèce de dépendance égoïste partagée. Ce n’est pas du tout la voie de l’émancipation et ce n’est donc pas la Voie du bodhisattva. Mais, il y a un autre aspect en ce qui concerne l’énergie. Le bodhisattva, dans la mesure où il agit avec de moins en moins d’égoïsme, dépense beaucoup moins d’énergie à défendre son ego. Or, énormément d’énergie est investie en général par tous les êtres pour affirmer, défendre leur propre ego. Cela se trouve même au niveau physique, au niveau de la carapace musculaire que l’on crée pour se défendre soi-même contre nos peurs, nos craintes d’agression, etc. Il y a énormément d’énergie gaspillée. L’ego est dévoreur d’énergie. Une attitude moins égoïste a besoin de moins d’énergie, alors on devient plus réceptif à l’énergie cosmique qui n’est pas quelque chose d’extraordinaire. C’est l’énergie que l’on reçoit naturellement de l’air, du soleil, de la nourriture et dont chacun a la disposition. L’énergie se renouvelle naturellement si on est réceptif.

Q : Mais dans la société d’aujourd’hui, si on n’est pas du tout égoïste, on se laisse pratiquement bouffer !

R.Y.R : Non. Non, non ! C’est la peur que tout le monde a et c’est pour cela que le monde va si mal.

A partir du moment où tout le monde pense comme ça, plus ou moins, alors le monde devient effectivement très dur et cela devient une sorte de jungle. Alors que c’est uniquement un état de conscience, un état d’esprit. Cette peur n’est pas du tout fondée.

J’ai fait l’expérience de la vie dans des grands groupes industriels où j’étais cadre et où c’était la jungle.
Les gens croyaient qu’il fallait se battre pour réussir et moi je m’en foutais complètement parce que j’étais déjà moine et je savais que je ne resterai pas dans cette organisation, donc je n’avais pas de plan de carrière, aucune ambition personnelle, je ne cherchais pas à réussir à quoi que ce soit pour moi.
Par contre, j’avais l’éthique du moine zen, de bien faire ce qui est à faire chaque jour.
Je n’ai jamais dépensé la moindre énergie, le moindre temps pour défendre des ambitions, pour faire des intrigues, des lobbyings, des choses de couloir pour lutter contre les autres, pour m’imposer à leur détriment.
A la fin du compte, à ma grande surprise, cela m’a très bien réussi car c’est à moi que l’on a proposé le futur poste de directeur du département.
Les ambitieux étaient déçus et ne comprenaient pas. Finalement, j’ai réfléchi et je n’ai pas accepté ce poste. J’ai démissionné sans même demander un centime parce que je voulais me consacrer au zen, à aider la mission de Maître Deshimaru de manière intensive, ce qui ne me permettait plus de consacrer toute ma vie à mon travail comme je le faisais.

A travers cela, ma réflexion était : Finalement, à notre époque, on pense que les cadres sont des jeunes loups qui doivent avoir les dents longues. Tout le monde pense comme cela et personne n’essaye d’agir autrement. Alors on crée une ambiance tout à fait défavorable dans une entreprise et ce n’est pas pour autant efficace. J’en ai eu l’exemple avec quelqu’un qui avait agi ainsi et dont j’ai eu à faire le bilan de son activité. Il avait causé le malheur et la ruine à brève échéance du département. J’ai dû beaucoup travailler pour redresser cette situation, parce que qu’il n’avait pensé qu’à sa propre carrière et à donner des résultats rapides mais extrêmement superficiels et donc sans lendemain. Il voulait montrer qu’il était capable de produire du profit à court terme. Pendant ces neuf ans, j’ai beaucoup réfléchi à cela. Auparavant, j’avais travaillé trois ans dans une autre grande organisation où régnait cette atmosphère de compétition. Je n’ai jamais participé à ça et cela ne m’a pas empêché de réussir. En fait, c’est un préjugé que chacun entretient mais, au fond, cela ne correspond pas au désir de l’être humain. Au fond de soi, on n’est pas heureux de vivre dans ce genre d’ambiance. On croit que c’est la règle du jeu et on entretient ça. Et c’est à cause de ce genre de pensées fondamentales que le monde va mal au niveau individuel, au niveau des organisations, au niveau international. C’est une question de conscience qui doit complètement changer. Il faut prendre le risque et essayer de fonctionner autrement et voir ce qui se passe. Qu’est-ce que l’on a à perdre ? Jeudi 22 avril 2004 : Le retour à la source

Chaque matin, à peine réveillé, on commence à agir, à faire sa toilette, préparer un thé ou un café, venir au dojo ou bien aller travailler directement.

Dès ce réveil, notre corps et notre esprit sont orientés vers des choses à faire mais lorsque l’on vient au dojo et que l’on s’assoit en zazen, nous ne sommes plus orientés vers quelque chose à faire. L’esprit n’est plus polarisé par l’action, par les objets, les choses à obtenir, à atteindre, à réaliser, à faire. Même si on est concentré sur la posture, sur la respiration, on se laisse absorber par cette concentration et en réalité on ne fait plus rien du tout, on lâche prise véritablement de toute intention de faire, de réaliser, d’obtenir quoi que ce soit.

En zazen, l’esprit est simplement concentré ici et maintenant et se met à fonctionner autrement. En ne suivant pas ses pensées, on peut s’éveiller à la véritable nature des phénomènes, se tenir comme à la source de toute pensée, de toute émotion, de toute sensation. L’esprit s’éveille à sa propre nature et cette nature n’est pas quelque chose de saisissable. C’est ce qui est avant toutes explications : On ne peut pas la nommer, on ne peut pas l’enfermer, la limiter par nos catégories mentales. C’est faire retour à une manière d’être en unité avec notre vie de chaque instant, qui n’est pas seulement notre vie mais qui est la vie de tout l’univers.

Lorsque l’on vit pleinement cette unité, même si cette expérience est vécue pendant un court moment, alors l’esprit peut devenir véritablement paisible car à ce moment là, rien ne manque ni n’est en trop. Il n’y a rien à rejeter. L’esprit peut cesser de rechercher quoi que ce soit et se tenir en paix. Même si par la suite nous retournons dans l’activité quotidienne des phénomènes, cette paix peut rester l’expérience fondamentale que les perturbations de la vie quotidienne n’affectent pas réellement.

Vendredi 23 avril 2004 - matin : Face à face

En zazen, nous sommes tournés face au mur. C’est ce que, dans la tradition de Bodhidharma, on appelle men peki : le visage face au mur. Nous sommes ensemble, assis côte à côte mais au lieu de se faire face, nous faisons face au mur.

Lorsque l’on se fait face, il y a rapidement une attitude d’attente vis à vis de l’autre, de demande d’être accepté, d’être reconnu, d’obtenir quelque chose. Assis face au mur, on est en réalité tourné face à soi-même. Le mur nous renvoie à nous-même. On n’est pas séparé des autres, on est ensemble, simplement concentré à devenir intime avec soi-même. Le mur n’est pas un miroir, il ne renvoie pas d’image. Face au miroir, c’est Narcisse qui se regarde, face au mur c’est Bouddha, c’est-à-dire face à l’insaisissable, face à soi qui n’est pas comme ceci, comme cela, qui ne peut pas se réduire seulement à son histoire, ses caractéristiques. Ce face à face permet de révéler le visage originel avant le processus de distinction entre moi et toi, soi et les autres, moi et le monde, soi et Bouddha. Aussi, être face à soi-même permet naturellement d’abandonner toutes les images que l’on se fait de soi-même, notamment l’image que les autres nous renvoient.

En zazen, on peut contacter la dimension illimitée de notre existence qui ne se laisse réduire à rien, dont on ne peut pas même dire qu’elle commence à la naissance et qu’elle se termine à la mort.

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Gyobutsu Ji
Calligraphie de Keîko Yokoyama
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P.-S.

Temple zen de Gyõbutsu-Ji

4bis, Av Notre Dame 06000 Nice
tel : 04 93 80 81 49

Photographies de P-O Reynaud

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