Emission Sagesses Bouddhiste du 23 10 2011

///Emission Sagesses Bouddhiste du 23 10 2011

Emission Sagesse Boudhiste – France 2

Invité : Roland Yuno RECH
Thème :  Le Zen un art de vivre
Retranscription Claude Hervé.

NB. La vidéo de cette émission est visible en bas de page.

Aurélie GODEFROY : Bonjour à toutes, bonjour à tous et merci de votre fidélité. C’est avec un très grand plaisir que nous vous retrouvons ce dimanche matin pour une nouvelle émission que nous avons souhaité consacrer à un thème riche et important : la quête du sens de la vie dans le Zen.
Tout être humain, quelle que soit sa culture se pose inévitablement un jour la question sur l’origine, la nature et la finalité de l’existence. Cette quête dans l’absolu qui fonderait notre vie ne représente pourtant pas toujours un chemin facile à accomplir.
En quoi la pratique de zazen peut-elle nous aider dans notre quête de sens, quelles valeurs et qualités peut-on ensuite développer, comment appréhender les notions d’ego et de non dualité ?
J’ai le grand plaisir de recevoir pour en parler avec nous Roland RECH.
Roland Rech bonjour.

Roland RECH : Bonjour.

A. G. : Vous êtes un disciple de Maître Taisen Deshimaru, vous êtes vous-même moine zen, vous dispensez des enseignements quotidiens au Dojo Zen de Nice et vous êtes actuellement l’abbé du Temple Zen de la Gendronnière, pour trois ans. Merci beaucoup d’être avec nous.
Pour commencer cette émission, Roland Rech, est-ce que vous pourriez nous aider un petit peu à mieux comprendre ce qu’est le Zen, à le redéfinir rapidement ?

R. R. : Le Zen d’une part est une école du Bouddhisme, c’est surtout un art de vivre, un art de vivre en harmonie avec la vérité intime à laquelle on accède quand on pratique la méditation Zen, qu’on appelle le zazen, et qui selon nous était la méditation du Bouddha lui-même. C’est une méditation assise dans la posture du lotus, où on apprend à ce connaître soi-même, où on apprend aussi à lâcher prise avec nos attachements, à en percevoir le côté illusoire et donc à s’en libérer, et ensuite de vivre la vie quotidienne avec cette même capacité de présence au monde, de concentration dans l’instant et en même temps d’être animé par les valeurs dont on parlera tout à l’heure, qui émanent de cette pratique de la méditation.

A. G. : Il y a une citation qui dit : mourir sur le zafu, le coussin de méditation, pour mieux renaître.

R. R. : Oui, vous parlez de l’état de glace, cette espèce de transformation qui se produit lorsqu’on réalise en zazen que finalement on est tout ce que l’on croit être mais sans substance et donc il se produit un grand lâcher prise, et mourir sur le zafu veut dire mourir à son ego et renaître à une manière de voir la vie beaucoup plus vaste, beaucoup moins limitée.

A. G. : Pourquoi justement cette question du sens de la vie est-elle centrale dans le zen ?

R. R. : Je crois qu’elle est centrale pour être humain, et dans le zen elle est centrale parce qu’en tant qu’être humain on se questionne sur le sens de la vie à partir du moment où on rencontre la souffrance, et la souffrance on la rencontre inévitablement, le Bouddha en avait fait l’expérience lui-même, on la rencontre parce qu’on rencontre l’impermanence, on rencontre le fait que l’on doit perdre ceux que l’on aime, on ne peut toujours obtenir ce que l’on désire, et puis on est conscient du caractère inévitable de la mort, donc même si on cherche à ne pas y penser c’est quand même en arrière plan, donc ça nous fait sentir qu’au fond tout ce que nous faisons, tout ce que nous réalisons dans la vie est relativement vain puisque voué à disparaître, voué en tout cas à se transformer, on ne peut rien saisir, rien s’approprier, notre vie même ne nous appartient pas en réalité. Ca questionne, ça questionne parce qu’on est attaché à une certaine idée de soi-même qui fait qu’on est un peu en conflit avec cette impermanence, d’où la question du sens.

A. G. : Votre première expérience de zazen vous a vous-même bouleversé, ça a été une réponse en quelque sorte à cette question du sens de la vie, est-ce que vous pouvez nous la raconter ?

R. R. : Oui, j’étais parti faire un voyage autour du monde, ce n’était pas véritablement un pèlerinage mais un besoin que j’avais d’abandonner un peu tous les conditionnements que j’avais reçus et de voir ce qui émergerait dans mon contact avec le monde une fois sorti de mon milieu parisien, mon activité professionnelle, etc., et je suis parti avec une telle distance de la vie, je ne voulais pas que le sens de la vie soit une chose qui vienne des autres ou imposée par mon éducation, la société, une sorte de conformisme, mais je voulais que la vie elle-même me permette d’expérimenter un fondement, un sens, une orientation, et au bout d’un an et demi de voyage j’étais assez désespéré, je n’avais pas vraiment trouvé de réponse à cette question, et finalement, je me suis assis en zazen au Temple d’Entaiji à Kyoto, c’était en juillet 1972, et j’étais vraiment dans un état de tension proche du désespoir, cette souffrance existentielle était très forte, et au moment où je me suis assis en zazen, au bout de quelques minutes d’assise, d’un seul coup une espèce de soulagement, de me dire mais finalement pas besoin de chercher un sens à la vie, il y a juste à être dans cette expérience que je suis en train de faire maintenant, je ne me disais même pas ça, c’est maintenant que j’essaie de l’expliquer. Mais là il y a eu une espèce d’apaisement total, un sentiment d’unité, ça a suffi d’être simplement là, parfaitement présent dans cette assise, et j’ai envie de continuer à vivre à partir de ça. Ca a été une évidence qui m’est apparue à ce moment là, et donc j’ai demandé à pouvoir continuer cette pratique qui avait duré une heure en tout à ce moment là, et c’est à partir de là que je suis ensuite parti du Japon pour rencontrer Maître Deshimaru et devenir son disciple.

A. G. : Le Bouddha parlait, lui, de deux réalités, la réalité relative, la réalité ultime, en quoi est-ce lié justement à cette quête du sens de la vie ?

R. R. : Parce que je crois que la quête du sens de la vie se pose quand on ne voit les choses que du point de vue relatif, relationnel, c’est-à-dire quand on vit dans la dualité, quand on est absorbé par les phénomènes et surtout qu’on est conditionné par un mode de fonctionnement mental qui est le mode de fonctionnement de l’ego, qui est beaucoup sous la coupe, sous l’influence prédominante du cerveau gauche, le cerveau du langage, donc qui découpe la réalité et crée des notions, moi, puis vous, il y a moi, le monde, il y a maintenant et puis l’avenir, il y a ce que je fais et puis à quoi ça sert. Donc on est toujours à se questionner dans un esprit vraiment dualiste, et cet esprit dualiste nous empêche de faire une expérience plus profonde et fait qu’on n’est jamais véritablement satisfait. Alors que l’expérience de zazen nous fait transcender complètement ce genre de questionnement, ce genre de mentalité, on ne fait pas même zazen pour quelque chose, au moment où on fait zazen il y a d’un seul coup un sentiment de plénitude, qu’il suffit d’être simplement assis, ça c’est l’expérience fondatrice, fondamentale qu’on appelle dans le Zen « shikantaza », être seulement assis quand on est assis, ça veut dire simplement manger quand on mange, simplement travailler quand on travaille, donc retrouver cette unité avec l’ici et maintenant de notre vie.

A. G. : On parle aussi de l’expérience d’hishiryo, pouvez-vous nous en dire un mot ?

R. R. : Oui, hishiryo est un mode de fonctionnement de la conscience. Je crois d’ailleurs que quand on s’interroge sur soi-même, sur sa vie, il faut éviter de penser en terme de substance, de quelque chose, et toujours, c’est mon approche de la pratique de zazen, penser en terme de mode de fonctionnement. La conscience hishiryo n’est pas quelque chose, n’est pas une substance mais c’est une manière de fonctionner de l’esprit, et cette manière de fonctionner c’est une manière dans la quelle on laisse advenir les pensées, les sensations, les perceptions, et on ne s’y attache pas, on ne s’identifie à rien, on laisse passer, donc on a une conscience qui ne demeure sur rien, qui est complètement fluide et qui donc est tout à fait réceptive à ce qui surgit d’un instant à l’autre, donc présente à la réalité, et cette conscience hishiryo est finalement la meilleure manière d’être en harmonie avec le Dharma, avec le fait que rien ne demeure, rien n’est saisissable.

A. G. : Cet état d’esprit génère un certain nombre de qualités, de valeurs, qui peuvent nous aider à mieux envisager notre vie, lesquelles par exemple ?

R. R. : Parce que quand on pratique cette conscience hishiryo on se détache forcément d’un ego séparé, et à partir du moment où on perçoit que notre vie n’est pas séparée du monde, mais au contraire, du fait de l’interdépendance avec tout les êtres, ça génère un état d’esprit dans lequel toutes sortes de valeurs apparaissent, principalement la valeur de l’amour pour les autres, un amour désintéressé, un esprit de compassion et de bienveillance envers les êtres parce qu’on se sent non séparé des autres. L’ego qui fait qu’on a toujours l’impression que les autres risquent de vous prendre quelque chose, sont vus souvent comme des rivaux, là au contraire on est dans l’empathie, la participation à l’autre, et par conséquent on ne doit plus pouvoir blesser, ne plus pouvoir tuer, ni faire du mal aux autres et au contraire on va faire tout ce que l’on peut pour être bienveillant à l’égard des autres mais d’une façon naturelle, et à partir du moment où on pratique zazen on réalise un état intérieur dans lequel on sent qu’il ne nous manque rien, et donc on ne peut plus ni être avide, ni bien sûr voler, ni exploiter les autres pour essayer de s’enrichir à leur dépens, etc., tout un tas de valeurs qui sont de l’ordre du don, du partage, vont apparaître, on ne peut plus mentir non plus et au contraire, la valeur fondamentale va être la valeur d’être authentique, être le plus possible soi-même, authentique. Ce sont des valeurs universelles, des trois premiers grands préceptes.

A. G. : Pour parler de ces valeurs il y a les Six Paramita à développer. Parlons-en rapidement.

R. R. : Les Paramita sont principalement le don, dont j’ai déjà un peu parlé, c’est l’expression de l’amour, du partage. Les préceptes nous allons en dire quelques mots, ce ne sont pas des règles qui nous empêchent de faire ce qui est mal, mais c’est l’expression d’un état d’esprit dans lequel on ne peut plus faire ce qui est mal, si on est à l’écoute de l’éveil que l’on réalise dans la pratique de zazen. Ensuite il y a la patience qui est une grande pratique du lâcher prise, rien de grand ne peut être accompli dans la vie sans patience, et notamment toutes les violences à l’inverse, qui apparaissent dans le monde c’est parce qu’on n’est pas capable de patienter par rapport à notre frustration, par rapport à la colère qui surgit face à une situation, donc la patience est une des vertus fondamentales. L’énergie que l’on met aussi, on ne vit pas à moitié, on vit pleinement, on s’engage totalement dans chaque pratique, on met toute notre énergie parce que chaque pratique est la chose absolue du moment présent, donc on ne fait pas à moitié, on vit pleinement, et notamment toute l’énergie est employée pour appliquer pour pratiquer ce qui a du sens dans notre vie, c’est-à-dire la pratique de la Voie avec et pour les autres. Et puis les deux autres grandes paramita, sont la pratique de la méditation, on en a déjà parlé, et la sagesse qui consiste à vivre en harmonie, ce n’est pas la sagesse intellectuelle, ou une sorte de philosophie conceptuelle, mais c’est un art d’être en harmonie avec ce que nous sommes au fond.

A. G. : Pour terminer cette émission je voudrais que l’on dise un mot sur le karma, c’est quand même important, finalement est-ce que le sens de la vie, cette quête du sens de la vie n’est pas marquée par notre karma passé, qu’est-ce que vous en pensez Roland Rech ?

R. R. : Oui, on est héritier du karma. Vous savez que le karma ce sont notamment les actions du corps, de la parole et de l’esprit, qui produisent lorsqu’elles sont accomplies consciemment un effet en fonction de la valeur positive ou négative de ces actions, et lorsque nous naissons, dans le Bouddhisme on croit que nous ne naissons pas de rien, mais nous prenons la suite d’un Karma passé qui était hérité d’un autre karma dans une vie antérieure, mais en réalité ce n’était pas exactement nous, ce n’est ni un autre ni totalement moi mais c’est la continuation justement d’un karma, c’est à dire d’un enchaînement de causes et d’effets qui font que nous sommes apparus dans cette vie suite à un karma passé, et ça conditionne nos conditions de naissance, nous naissons dans telles ou telles conditions suite à un karma passé, mais ensuite la pratique de la Voie consiste à se libérer de ce karma, et peut-être à ne pas se libérer de tout karma parce que nous sommes des Bodhisattvas.

A. G. : Rappelez-nous ce qu’est un Bodhisattva.

R. R. : Nous sommes des Bodhisattvas, et le sens de sa vie, pour un Bodhisattva, est d’actualiser sa réalisation de l’éveil pour la partager avec tous les êtres, parce que le Bodhisattva sent que c’est ça qui peut nous rendre véritablement heureux, durablement, véritablement libre, véritablement en harmonie avec ce que nous sommes au fond, donc on déborde d’une envie de partager avec les autres et l’action du Bodhisattva va être de faire le vœu qu’aussi nombreux que soient les êtres je fais le vœu de les aider tous à s’éveiller, à faire cette même expérience de l’éveil, et ce n’est pas moi en tant que Bodhisattva qui vais sauver qui que ce soit, qui vais éveiller les autres, je vais faire en sorte de donner envie aux êtres d’entrer dans un chemin de connaissance de soi et d’éveil et donc de libération.

A. G. : Très bien, je vous remercie infiniment Roland Rech pour vos éclaircissements et nous avoir fait partager votre expérience, merci.

R. R. : Merci de m’avoir donné l’occasion d’exprimer ça.


Sagesses Bouddhistes – Zen, une quête du sens de la vie

2017-04-18T09:18:13+00:00

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